Georges Dallemagne invite la Belgique à suivre "l'exemple français": "C'est important qu'on assume"

En ce premier jour du procès des attentats de Paris, Guillaume Lys, avocat de l'association des victimes V-Europe, et Georges Dallemagne, député fédéral pour le CDH et ancien commissaire d'enquête sur les attentats de Bruxelles, étaient sur le plateau de l'émission "Il faut qu'on parle" sur DH Radio.

Georges Dallemagne invite la Belgique à suivre "l'exemple français": "C'est important qu'on assume"
©IPM
La Rédaction

Ce mercredi 8 septembre sonne le début d'un procès historique qui s'ouvre à Paris, celui des attentats meurtriers du 13 novembre 2015. Quelques mois après cet attentat sanglant, c'est Bruxelles qui était touché le 16 mars 2016 avec un bilan très lourd également : 32 morts.

Lors de ce procès où Salah Abdeslam sera notamment jugé, beaucoup de victimes attendent des réponses, comme le confesse Guillaume Lys. "Beaucoup de personnes attendent des réponses mais les victimes en premier ordre. Cela fait maintenant plus de 5 ans qu'il sont en train d'attendre de savoir comment ça s'est passé et pourquoi ça s'est passé concrètement. Beaucoup de questions qui restent aujourd'hui sans réponse."

Georges Dallemagne, qui a participé à la commission parlementaire sur les attentats de Bruxelles estime que certaines réponses à ces questions ont déjà été données mais qu'il est l'heure d'y voir plus clair malgré tout. "C'est l'heure de la justice, c'est l'heure de la vérité et c'est l'heure de la sanction. Ce triptyque est indispensable pour les victimes."

Le député fédéral estime également que notre pays a une grosse part de responsabilité dans ces attentats meurtriers. Commanditées depuis la Syrie et organisées depuis Bruxelles, les différentes attaques de ce 13 novembre 2015 à Paris restent inexpliquées. L'organisation garde toutefois une étiquette assez belge quand on regarde le profil des terroristes. "Sur les 20 inculpés à Paris, 12 viennent de Bruxelles, 10 étaient belgo-marocains, beaucoup d'entre eux vivaient à Molenbeek, d'autres à Laeken et donc cela crée une responsabilité particulière de la Belgique. Les victimes ont le droit de savoir pourquoi et comment ces attentats ont été organisés."

Le procès va aussi être celui des autorités belges et françaises, comme l'explique Guillaume Lys, qui estime que connaître le rôle de chacun des terroristes lors de ces attentats ne va pas mettre en lumière toute la vérité sur ces attaques. "C'est plutôt le procès de ceux qui ont commis les attentats. On ne peut toutefois pas parler de ça sans évoquer les responsabilités qui sont peut-être celles des autorités belges, des autorités françaises. Pour faire la vérité judiciaire, il faut avoir accès à tous les éléments. Il faut que cela soit fait en toute transparence. Le problème serait justement d'éluder toutes ces failles et de se concentrer uniquement sur le rôle précis de chacun alors que la vérité est beaucoup plus large et plus vaste."

"Une décision salutaire des politiques français"

Plusieurs personnalités politiques françaises (François Hollande, Bernard Cazeneuve,..) vont d'ailleurs être interrogées lors de ce très long procès contrairement aux responsables Belges. Un exemple pour l'avocat de l'association V-Europe. "C'est une décision salutaire, un exemple de la part des Français. Cela montre qu'il n'y a rien à cacher. Cela montre que les personnes qui étaient au premier plan, qui étaient en charge et qui étaient responsables quand les attentats ont eu lieu, peuvent être auditionnées pour répondre à toutes les questions qui vont être posées, mêmes celles qui seront dérangeantes."


Pour Georges Dallemagne, les politiques belges, comme Charles Michel par exemple qui était le Premier ministre à l'époque, doivent également prendre leurs responsabilités lors de ce procès des attentats de Paris, si les victimes le demandent. "Oui, il est important que ceux-ci viennent donner leurs réponses, c'est important qu'on assume. Ce n'est pas le procès des politiques mais c'est une responsabilité que ceux-ci portent collectivement car il n'ont pas réussi à prévenir ces attentats."


Lors de ce procès, l'attention se porte évidemment en grande partie sur Salah Abdeslam. "J'ai déjà eu une première expérience avec lui en 2018 lors du procès de l'attentat rue de Dries", explique Guillaume Lys. "Il avait été très peu loquace . On sait que quand on fait un procès d'assise pareil, on attend pas des réponses des accusés eux-mêmes, on attend des réponses du procès qui est beaucoup plus large. On ne sait pas si Abdeslam va parler mais même s'il ne parle pas, ce n'est pas pour autant que la justice ne sera pas faite car il y aussi eu une enquête titanesque qui a été faite là derrière."