Le Sénat polonais vote contre la loi sur la propriété de groupes de médias

Le Sénat polonais a rejeté jeudi une loi considérée par ses détracteurs comme une tentative du gouvernement populiste de droite de réduire au silence la principale chaîne d'information indépendante du pays, TVN24.

Le Sénat polonais vote contre la loi sur la propriété de groupes de médias
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Le Sénat, où l'opposition est majoritaire, a voté contre ce texte par 53 voix face à 37. Celui-ci peut toutefois encore être adopté si la chambre basse du Parlement se prononce en sa faveur, comme elle l'a fait le mois dernier.

Si elle est adoptée, elle empêcherait les sociétés n'appartenant pas à l'Espace économique européen de détenir une participation majoritaire dans les groupes de médias polonais.

Selon le gouvernement, cette loi devait empêcher le capital russe d'entrer sur le marché des médias en Pologne.

Mais en même temps cela obligerait le groupe américain Discovery à vendre sa participation majoritaire dans TVN, l'un des plus grands réseaux de télévision privés de Pologne, dont la chaîne d'information TVN24 souvent très critique à l'égard du gouvernement.

Les États-Unis se sont dits "profondément troublés" par cette loi, mettant en garde contre son impact potentiel négatif sur la liberté de la presse en Pologne et sur le climat commercial pour les investisseurs étrangers. Washington a demandé au président Andrzej Duda d'opposer son veto à cette loi.

TVN a aussi du mal à renouveler sa licence polonaise. Pour y parer, Discovery a demandé et obtenu une licence aux Pays-Bas qui pourrait lui permettre de continuer à diffuser en Pologne même si sa licence polonaise n'est pas renouvelée par le Conseil national de l'audiovisuel.

Reporters Sans Frontières, un groupe de défense des droits des médias basé à Paris, a également critiqué la législation proposée. S'exprimant devant le Sénat jeudi, Pavol Szalai, responsable du bureau de RSF pour l'UE et les Balkans, a qualifié TVN de "joyau de la couronne de la démocratie polonaise". Il a estimé que le gouvernement souhaitait "d'abord affaiblir puis prendre le contrôle" de la chaîne, ajoutant que "s'attaquer à TVN, c'est s'attaquer à la liberté de la presse en Europe".

Depuis l'arrivée au pouvoir du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS) en 2015, la Pologne a perdu 46 places dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF, chutant à la 64e position.