Londres et Paris s’écharpent sur les migrants de la Manche

Les Britanniques menacent de refouler les bateaux.

Londres et Paris s’écharpent sur les migrants de la Manche
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Confronté à des arrivées record de migrants traversant illégalement la Manche, le Royaume-Uni accuse la France de ne pas tout faire pour les retenir et menace de refouler les bateaux. Selon l’agence de presse PA, plus de 14 000 migrants sont arrivés sur les côtes du sud de l’Angleterre par cette voie depuis le début de 2021, contre 8 000 l’année précédente. La situation est inacceptable pour le gouvernement britannique, qui a fait du durcissement de la lutte contre l’immigration une priorité depuis le Brexit.

Le ministre français de l'Intérieur Gérard Darmanin pointe que la hausse du nombre de migrants débarqués au Royaume-Uni s'expliquait surtout par le recours des passeurs à des bateaux de plus grande capacité, "pouvant accueillir jusqu'à 65 personnes" contre une quinzaine auparavant et par les stratégies de diversion des passeurs avec des bateaux appâts. Londres n'en démord cependant pas et fait pression pour que la France accentue ses efforts pour empêcher ces traversées. À l'issue d'une rencontre mercredi à Londres avec M. Darmanin, la ministre britannique de l'Intérieur Priti Patel a indiqué vouloir obtenir des "résultats".

Selon la presse britannique, elle souhaite que la police des frontières britannique s'entraîne à refouler les embarcations avant qu'elles n'atteignent les côtes anglaises. Le Times précise que Mme Patel a demandé que soit réécrite en ce sens l'interprétation par le Royaume-Uni du droit maritime international. Cette stratégie, qui a reçu l'assentiment du Premier ministre conservateur Boris Johnson, ne serait utilisée que dans "des circonstances très limitées" d'après le T elegraph, pour les plus gros bateaux et quand la situation est jugée sûre.

La ministre Patel avait déjà menacé en début de semaine, toujours selon les médias britanniques, de ne pas verser plus de 60 millions d’euros promis pour financer le renforcement de la présence des forces de l’ordre françaises sur les côtes.

La France refuse le "chantage"

"La France n'acceptera aucune pratique contraire au droit de la mer, ni aucun chantage financier", a réagi sur Twitter le ministre Darmanin. "L'engagement de la Grande-Bretagne doit être tenu. Je l'ai dit clairement à mon homologue."

Pour Londres, de telles méthodes de refoulement sont nécessaires pour décourager les passeurs. Mais pour Paris, elles sont contraires au droit maritime international et entraînent des risques pour la sécurité des embarcations de fortune qui entreprennent la traversée. "En mer, la sauvegarde de la vie humaine prime sur des considérations de nationalité, de statut et de politique migratoire", avait insisté le ministre français dans une lettre adressée lundi à Mme Patel. Depuis 2018, onze personnes ont perdu la vie en tentant la traversée et trois ont été portées disparues. (AFP)

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