Intempéries : le Fonds de solidarité n'est pas le seul outil de l'UE pour la reconstruction

Les États membres doivent investir dans la prévention et l'adaptation de leurs infrastructures aux catastrophes naturelles liées au changement climatique, et l'UE peut les y aider à travers divers outils, dont les fonds de cohésion et les fonds de relance, a affirmé mardi la commissaire en charge de cette matière, Elisa Ferreira, devant le Parlement européen.

Intempéries : le Fonds de solidarité n'est pas le seul outil de l'UE pour la reconstruction
©AP

Les inondations meurtrières qui ont frappé la Belgique (la Wallonie en particulier) et plusieurs autres pays de l'UE à la mi-juillet, ainsi que les sécheresses et incendies de forêts en Europe méditerranéenne, étaient au centre des débats mardi à Strasbourg.

Plusieurs eurodéputés belges, comme Pascal Arimont (PPE, CSP), Benoît Lutgen (PPE, cdH) ou Hilde Vautmans (RE, Open Vld), ont appelé la Commission européenne à décaisser rapidement des aides à la reconstruction, à travers le Fonds de solidarité de l'Union européenne, tant les besoins sont urgents sur le terrain.

"Il ne faudrait pas croire que le FSUE est bloqué", a répondu la commissaire Ferreira. "Il y a un délai de 12 semaines - qui n'est pas encore écoulé - durant lequel les États membres (et leurs régions) établissent les montants du préjudice, concernant les coûts pour les pouvoirs publics des opérations d'urgence et de remise en état. La Commission aide les États membres à établir les listes de factures", a-t-elle assuré.

Des décaissements ne sont toutefois pas attendus rapidement: le budget 2021 du FSUE ne serait d'ailleurs pas concerné, mais bien le budget 2022, selon la commissaire. Elle souligne que ces deux dernières années, le FSUE a été mis à rude épreuve pour répondre à la crise Covid et à des séismes.

Mais pour Benoît Lutgen, "à partir du moment où la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est engagée sur place (lors d'une visite dans plusieurs communes sinistrées de Wallonie le 17 juillet, NDLR) à dégager des fonds, il faut le faire le plus rapidement possible, l'inverse serait dévastateur sur le plan démocratique".

Elisa Ferreira a appelé à distinguer le soutien d'urgence de la reconstruction post-crise. Mais maintenant qu'il apparaît que "les événements climatiques extrêmes se multiplient, durent plus longtemps et ont un impact plus grave sur les populations européennes", elle a convenu de la nécessité d'adapter le FSUE à l'ampleur des dégâts et à leur fréquence.

Pour le moment, il faut d'ores et déjà envisager d'autres instruments budgétaires de l'UE, selon la commissaire portugaise. "Il est clair qu'il faut investir dans la prévention à long terme et l'adaptation des infrastructures" aux inondations, glissements de terrain et autres sécheresses, a-t-elle dit en citant les digues, les bassins d'orage, la lutte contre l'imperméabilisation des sols, mais aussi l'acquisition d'engins de secours adaptés, hélicoptères, etc.

Certains élus ont dénoncé les économies réalisées sur les dépenses publiques ces dernières années aux dépens de la protection civile et des services d'urgence. Marc Botenga (GUE, PTB) y a vu l'effet d'une austérité budgétaire persistante et a appelé à faire payer les milliardaires pour sauver la planète. Saskia Bricmont (Verts/ALE, Ecolo) a quant à elle réclamé des politiques d'adaptation et d'atténuation du changement climatique qui renforcent la cohésion sociale, car "à Pepinster, les inondations ont touché en premier lieu les familles les plus pauvres".

Et pour Elisa Ferreira en effet, les fonds de cohésion de l'UE doivent être mobilisés (par exemple à travers REACT-EU, qui a déjà servi pour réparer des dommages causés par la crise sanitaire). "Souvent les désastres naturels sont exacerbés par des inégalités sociales et territoriales", a convenu la commissaire.

Les accords de partenariat entre la Commission et chaque État membre sont actuellement en cours de négociation pour la période de programmation des fonds de cohésion 2021-2027 (seul celui avec la Grèce a déjà été approuvé). Il faut saisir cette opportunité, selon Mme Ferreira. "Les programmes de cohésion, mais aussi les programmes de relance et de résilience (RRF), se doivent d'inclure des mesures pour prévenir et atténuer les risques liés aux catastrophes naturelles, et pour reconstruire mieux".

La commissaire a loué la coopération entre États membres qui ont porté rapidement secours par l'envoi de pompiers, urgentistes, bateaux ou avions. Mais du travail reste à faire. Parmi les points à améliorer (l'analyse est toujours en cours), elle a notamment cité la coordination entre le Mécanisme de Protection civile de l'UE (MPCU) et le service Copernicus de Gestion des Urgences (Copernicus EMS), qui fournit de précieuses informations géospatiales à partir des satellites.

Sur le même sujet