Ursula von der Leyen : "Tant que nous ne trouverons pas un terrain d'entente, nos adversaires continueront de cibler cette faiblesse"

Ce mercredi, Ursula von der Leyen a fait son deuxième discours sur l’État de l’Union européenne. L’occasion pour la présidente de la Commission de faire le bilan de l’année écoulée, devant le parlement européen à Strasbourg.

La Rédaction (avec AFP)

Une année particulière marquée notamment par la crise du covid-19, les campagnes de vaccination et le plan de relance européen.

"L'Europe a mis en pratique ces douze derniers mois les mots de Schuman", a commencé la présidente de la Commission européenne.

Revenant sur la crise sanitaire et la crise financière qui en a découlé, Ursula von der Leyen a appelé à la vigilance et à tirer des leçons très importantes. L'UE n'agira pas comme après la dernière crise financière quand un retour précipité à la rigueur budgétaire avait provoqué une rechute du continent dans la récession, a-t-elle promis.

"Nous avons crié victoire trop vite et nous en avons payé le prix. Nous ne répéterons pas cette erreur", a-t-elle ajouté en confirmant l'ouverture prochaine d'un débat sur la réforme des règles budgétaires européennes.

"La pandémie a laissé de profondes cicatrices impactant notre économie de marché. Soir après soir, nous étions devant nos fenêtres pour applaudir les travailleurs de première ligne. Les applaudissements se sont peut-être estompés mais la force de nos émotions doit perdurer. (...) Si la pandémie nous a bien appris une chose, c'est bien la valeur du temps et qu'il n'a rien de plus précieux que le temps consacré à nos proches."

"Un investissement dans la santé mondiale"

L'Union européenne va donner 200 millions de doses supplémentaires de vaccins contre le Covid-19 aux pays pauvres d'ici mi-2022, s'ajoutant aux 250 millions de doses déjà promises, a annoncé la présidente de la Commission européenne.

"C'est un investissement solidaire et c'est aussi un investissement dans la santé mondiale", a-t-elle déclaré, devant le Parlement européen, soulignant que, si dans l'Union européenne plus de 70% des adultes sont vaccinés, "moins de 1% des doses de vaccins ont été administrées dans les pays pauvres".

Ces dons se font principalement via le mécanisme de distribution international Covax, censé permettre à 92 Etats et territoires défavorisés de recevoir gratuitement des vaccins financés par des nations plus prospères.

"L'ampleur de l'injustice et le niveau d'urgence sont évidents", a ajouté Ursula von der Leyen.

L'UE soutient aussi la production de vaccins en Afrique à hauteur d'un milliard d'euros.

La situation en Afghanistan

Ursula von der Leyen est également revenue sur le retrait chaotique des Américains en Afghanistan. "Comment se fait-il que cette mission se soit arrêtée de façon si soudaine ? Ce sont des questions douloureuses auxquelles des alliés auront à répondre devant l'OTAN". La présidente de la Commission a insisté sur la nécessité de davantage de coopération avec l'OTAN. Une déclaration de coopération UE - OTAN est en cours de préparaton.

En outre, l'Union européenne va fournir 100 millions d'euros supplémentaires d'aide humanitaire à l'Afghanistan pour éviter "un désastre humanitaire", a-t-elle annoncé.

L'UE avait déjà annoncé le quadruplement de son aide humanitaire pour la porter à 200 millions en 2021.

Une loi européenne pour lutter contre les violences faites aux femmes

La présidente de la Commission européenne a annoncé le dépôt avant la fin de l'année d'une proposition de directive sur la lutte contre les violences faites aux femmes, afin de renforcer l'arsenal pénal existant, mais inégal dans les différents États membres.

"La période de la pandémie a été particulièrement terrible pour toutes celles qui n'avaient nulle part où se réfugier, nul endroit où échapper à leurs bourreaux", a souligné l'Allemande devant le Parlement européen. "Les bourreaux doivent être traduits en justice." La future législation européenne doit prévoir "des sanctions efficaces", prévenir et protéger, sur internet ou hors ligne, a précisé Mme Von der Leyen.

Une autre liberté menacée en Europe est celle des médias, a-t-elle ajouté. "Des journalistes, femmes et hommes, sont attaqués pour la simple raison qu'ils font leur travail", quand ils ne sont pas passés à tabac ou assassinés (Daphné Caruana Galizia, Jan Kuciak, Peter de Vries). En plus de sa recommandation pour une meilleure protection des journalistes présentée récemment, la Commission présentera l'an prochain une loi sur la liberté des médias.

Un "Sommet de la défense européen" annoncé

La cheffe de l'exécutif européen a annoncé un "Sommet de la défense européen" avec le président Macron pendant la présidence française de l'UE au 1er semestre 2022, alors que le retrait d'Afghanistan a relancé la réflexion sur l'autonomie des Européens. "Le moment est venu pour l'Europe de passer à la vitesse supérieure" pour se "défendre contre les cyber-attaques, agir là où l'Otan et l'ONU ne sont pas présents et gérer les crises à temps", a-t-elle expliqué.

Le sujet des migrations vers l'UE a également été abordé. "Tant que nous ne trouverons pas un terrain d'entente sur la manière de gérer les migrations, nos adversaires continueront de cibler cette faiblesse", a prévenu Ursula von der Leyen, se disant convaincue qu'un accord des 27 est possible.

"Faisons de l'Europe, une Europe plus forte. Vive l'Europe", a-t-elle conclu.


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