Le prix Sakharov du Parlement européen décerné à l'opposant russe Alexeï Navalny

Le Parlement européen a décerné mercredi le prix Sakharov 2021 de défense des droits de l'Homme et de la liberté de pensée à l'opposant russe emprisonné Alexeï Navalny, a appris l'AFP de plusieurs sources parlementaires.

Le Parlement européen a décidé de décerner son prix Sakharov 2021 pour la liberté de l'esprit à l'opposant russe Alexei Navalny, actuellement incarcéré en Russie. La vice-présidente du Parlement Heidi Hautala l'a annoncé dans l'hémicycle de la plénière, appelant une nouvelle fois au nom de l'assemblée à la libération "immédiate et inconditionnelle" de l'activiste. Ce sont les présidents des groupes politiques du Parlement européen qui ont choisi le lauréat mercredi en milieu de journée, avec le président du Parlement David Sassoli. Ce dernier a participé à la conférence des présidents virtuellement, toujours pour des raisons de santé qui le gardent éloigné de la plénière à Strasbourg.

Alexei Navalny "a combattu sans relâche la corruption du régime de Vladimir Poutine. Cela lui a coûté sa liberté, et presque sa vie. Le prix décerné aujourd'hui reconnait son immense bravoure. Nous réitérons notre appel à le libérer immédiatement", a communiqué l'Italien via Twitter.

Critique virulent de Vladimir Poutine, Alexei Navalny avait fait l'objet d'une tentative d'assassinat par empoisonnement en août 2020 en Sibérie. La substance utilisée, un agent neurotoxique du type Novitchok, pointait la probable responsabilité du régime russe. Après avoir été soigné en Allemagne, l'opposant avait été interpellé dès son retour en Russie en janvier dernier. Le Parlement européen le considère comme un prisonnier politique.

L'Europe a déjà adopté des sanctions envers des personnalités et entités russes pour l'utilisation d'armes chimiques contre Navalny, ainsi que pour arrestation et détention arbitraires d'opposants et manifestants, dont Navalny. Egalement avocat et activiste anti-corruption, le quadragénaire est incarcéré dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité. Il a récemment raconté au New York Times ses conditions de détention, parlant de "violence psychologique" à coups de visionnage imposé de la télévision d'Etat et de films patriotiques.

De Mandela à Navalny

Le prix Sakharov met en lumière, chaque année, des personnes ou groupes défendant de manière remarquable la liberté de pensée et les droits humains. Ce sont les élus qui proposent les candidats. Le prix avait été décerné pour la première fois en 1988, à Nelson Mandela et, à titre posthume, au dissident soviétique Anatoli Martchenko. Ce dernier avait été l'un des premiers à témoigner au monde, via ses écrits, des conditions de vie dans les prisons et goulags, après l'ère Staline. Le prix porte le nom d'une autre personnalité soviétique qui avait été forcée à l'exil par les autorités: Andreï Dmitrievitch Sakharov (1921-1989), qui aurait eu 100 ans cette année. Ce physicien nucléaire est "avant tout connu pour être l'inventeur de la bombe à hydrogène soviétique", rappelle le Parlement européen. Mais sa lutte pour les droits humains l'a mené au prix Nobel de la paix en 1975.

L'an dernier, c'est l'opposition démocratique de Biélorussie qui avait été distinguée, représentée par le "Conseil de coordination", un organe créé par l'opposition et dirigé par quelques figures féminines fortes. Svetlana Tikhanovskaïa, opposante à Alexandre Loukachenko à l'élection présidentielle, était venue en décembre recevoir le prix lors d'une cérémonie au Parlement européen.

Cette année, un collectif de onze femmes afghanes figuraient aussi parmi les "finalistes" du prix, pour représenter l'ensemble des femmes d'Afghanistan. Cela suit la reprise du pouvoir par les talibans, qui fait craindre une exclusion des femmes de l'éducation et la menace de leurs droits et libertés.

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