Philippe Demeestère, le prêtre jésuite en grève de la faim pour les migrants de Calais

En solidarité avec les migrants sans abri de Calais, le prêtre militant observe une grève de la faim depuis 18 jours.

Philippe Demeestère, le prêtre jésuite en grève de la faim pour les migrants de Calais
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Face au "harcèlement quotidien" des migrants à Calais, Philippe Demeestère, prêtre jésuite de 72 ans, voulait "marquer un coup d’arrêt". L’aumônier du Secours catholique, qui a passé sa vie auprès des sans-abri, est en grève de la faim depuis 18 jours.

L'homme est assis seul sur l'une des chaises en bois de l'importante église Saint-Pierre. En polaire, manteau et bonnet, il le répète, après plus de deux semaines de grève de la faim, il "va bien".

"Question de décence", par "pudeur pour tous les gens dehors qui ne jouissent pas des conditions formidables que j'ai moi ici", soutient cet homme aux yeux clairs. "Je fais partie des riches même si je n'ai pas un sou en poche."

Philippe Demeestère est arrivé à Calais en février 2016 quelques mois avant le démantèlement de "la grande Jungle". Ce fut pour lui un "lieu de renaissance".

Dans cette ville frontalière, il vit d'abord dans un meublé puis rapidement dans une maison où il loge des exilés. "On a vécu plusieurs mois à 17 l'hiver dernier", se rappelle-t-il. Sous sa légère barbe blanche, il sourit : "Les rythmes de vie sont différents, ce sont des jeunes !"

Depuis le début de sa grève de la faim, le 11 octobre, il dort sur un lit de camp dans l'église avec deux militants associatifs, pour "dire ça suffit". "On fait des exilés un enjeu électoral et ici à Calais on s'habitue à l'intolérable. Il y a une routine des pratiques policières et les associations courent après les dommages que causent ces policiers", tance le retraité.

C'est une personne "libre", un "intellectuel de terrain", "très généreux", décrit Juliette Delaplace, l'une de ses proches au Secours catholique de Calais.

Né d’un père agent d’assurance et d’une mère au foyer, l’aumônier est le "petit dernier" d’une famille de trois. Il a grandi à Halluin, dans le Nord, à la frontière belge.

Le bac en poche en 1969, il part deux ans en coopération militaire à Azazga, en Algérie, comme instituteur.

En rentrant en France, il rejoint la Compagnie de Jésus. "Je voulais travailler pour que les gens qui n'ont pas de place dans la société en trouvent une". En parallèle d'une vie aux côtés des sans-abri entre Paris, Marseille ou Nancy, il travaille comme déménageur et chauffeur de car scolaire.

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