La tension ne retombe pas sur le dossier de la pêche en mer du Nord

Pas de compromis en vue entre Emmanuel Macron et Boris Johnson sur ce dossier très sensible.

La tension ne retombe pas sur le dossier de la pêche en mer du Nord
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En dépit des sourires cordiaux au G20 et à la Cop 26, le bras de fer post-Brexit se poursuit entre Emmanuel Macron et Boris Johnson sur la pêche, Londres sommant Paris de retirer ses menaces de sanctions que Paris entendait mettre à exécution dès hier (lundi) minuit.

Des "réunions sont encore en cours", a confié en milieu d'après-midi une source diplomatique, semblant confirmer d'intenses négociations en coulisses.

Car si le président français et le Premier ministre britannique avaient auparavant échangé de longues minutes en souriant lors de l’arrivée d’Emmanuel Macron à la Cop 26 de Glasgow, sur le fond, le litige sur les licences de pêche semble dans l’impasse.

Paris menace d’interdire aux navires de pêche britanniques de débarquer leurs cargaisons dans les ports français et de renforcer des contrôles douaniers de tous les camions si Londres n’accorde pas davantage de licences aux pêcheurs français.

Bras de fer

Les mesures de rétorsion "entreraient en vigueur ce soir minuit" si aucune avancée n'est enregistrée, a réaffirmé lundi matin l'Élysée. Emmanuel Macron a déjà averti la veille que "si les Britanniques ne font aucun mouvement, de manière évidente les mesures prévues à partir du 2 novembre devront se mettre en place".

De son côté, la ministre des Affaires étrangères britannique, Liz Truss, a affiché la même fermeté et encore appelé lundi sur Sky News le gouvernement français à retirer ses menaces "complètement déraisonnables, y compris contre les îles anglo-normandes et notre industrie de la pêche". Faute de solution "dans les 48 heures", la cheffe de la diplomatie a précisé que le gouvernement britannique s'appuierait sur le mécanisme de règlement des différends dans le cadre de l'accord commercial post-Brexit pour demander des "mesures compensatoires".

Londres a prévenu s’apprêter aussi à renforcer les contrôles des bateaux de pêche européens.

C'est d'ailleurs ce qui inquiète les pêcheurs, a affirmé lundi Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des Hauts-de-France, dénonçant "l'attitude inadmissible des Anglais et leur non-respect des accords signés".

"Les mesures de rétorsion c'est très bien, c'est la seule solution" mais "Boris Johnson ne va pas en rester là" et "au moindre problème on va avoir des bateaux détournés", a-t-il regretté, dans une conférence de presse.

Mais attention, a-t-il mis en garde : "Si la situation reste bloquée, les pêcheurs vont montrer leurs dents, ils doivent travailler et pouvoir pêcher dans les eaux britanniques comme ils le font depuis la nuit des temps".

Selon lui, seules 35 licences ont été accordées pour les pêcheurs de la région sur les 80 demandées.

En vertu de l’accord de Brexit, les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu’ils y pêchaient auparavant. Mais Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir.

Avant même l’expiration de l’ultimatum, les autorités françaises ont dérouté la semaine dernière vers Le Havre un chalutier britannique suspecté d’avoir pêché plus de deux tonnes de coquilles Saint-Jacques sans licence. Il était toujours à quai lundi.

Ce dossier envenime les relations entre Paris et Londres, déjà mises à mal par le torpillage d’un contrat franco-australien de sous-marin en faveur de l’accord de défense Aukus entre Grande-Bretagne, États-Unis et Australie.