Mohamed Abrini interrogé au procès de Paris : "Je ne suis pas Jacques Mesrine"

Ce mardi, la cour d'assises spéciale de Paris interroge certains accusés des attentats du 13 novembre.

Après cinq semaines de dépositions de parties civiles, la cour d'assises de Paris débute ce mardi les interrogatoires des accusés des attentats du 13 novembre.

Ce mardi après-midi, Salah Abdeslam ainsi que trois autres accusés - Mohamed Abrini, Farid Kharkhach et Yassine Atar - sont soumis à un interrogatoire de personnalité. Cette étape constitue un temps fort du procès car elle permet de comprendre le parcours de vie de l'accusé. Y sont notamment abordés le contexte familial, les relations professionnelles ainsi que les éventuels antécédents judiciaires de l'accusé.

15h25 : Au tour de Mohamed Abrini

Après deux heures d'interrogatoire de Salah Adeslam, c'est au tour de Mohamed Abrini d'être questionné.

Surnommé "l'homme au chapeau", celui qui devait se faire exploser à l'aéroport de Zaventem a expliqué avoir arrêté l'école précocement. "J'ai pas réussi à avoir de diplôme en mécanique", a-t-il déclaré. "Dès que j'ai arrêté l'école, je suis entré en prison à 17 ans" pour vol avec effraction. Lorsqu'il sort de prison en 2015, l'homme n'a qu'un seul projet. "C'est à une semaine de ma fin de peine qu'on me dit que mon petit frère a été tué en Syrie. J'ai plus envie de faire quoique ce soit, à part aller en Syrie", raconte Abrini.

D'après lui, à Molenbeek, 20% des gens réussissent dans la vie et 80% échouent. "Je fais partie de ceux qui n'ont pas réussi." Interrogé sur ses liens avec les autres accusés, il décrit Salah Abdeslam comme un "frère", qui comme lui "a perdu un frère" (NdlR: le frère d'Abdeslam, Brahim, est un des kamikazes des attentats du 13 novembre).

Lorsqu'il s'adresse à la cour, cet accusé est beaucoup mois à l'aise qu'Abdeslam, juge la journaliste française Sophie Parmentier. Il est beaucoup moins calme. Quand le président lui demande s'il a des enfants, l'homme au chapeau répond : "heureusement non." Et quand le premier souligne qu'il n'avait pas de but précis dans la vie - "voler un peu" avant de "retravailler un peu" - le second confirme : "c'est exactement ça, des déceptions."

L'accusé est ensuite interrogé par le PNAT, le Parquet National Antiterroriste, à qui il explique qu'à Molenbeek, "c'est un peu comme au bled, tout le monde a des paraboles". Et à la télé, il dit qu'il ne voyait que "la guerre, la guerre et que la guerre." Il regardait beaucoup la chaîne Al Jazeera. "Je voyais des enfants se faire massacrer", se souvient-il.

Mohamed Abrini estime qu'il n'est pas un grand délinquant, "je ne suis pas Mesrine", insiste-t-il.

13h25 : Salah Abdeslam interrogé

Après avoir signalé qu’il était d'origine marocaine, né en Belgique et de nationalité française, le principal accusé de ce procès a qualifié son enfance de "très simple". "J'étais quelqu'un de calme, gentil (…) J'étais aimé de mes professeurs, j'étais un bon élève. J'ai suivi l'enseignement technique pour avoir directement un métier". A 18 ans, il a rejoint la Stib (là où travaillait son père) "pour la réparation des trams". Il en a ensuite été licencié au moment de son emprisonnement.

Le président du tribunal a évoqué diverses condamnations de roulage, mais aussi une affaire de cambriolage raté à Limelette avec Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats de Paris. "Ce jour-là, je sortais avec des amis pour boire un verre et voilà, au final, on s'est retrouvé là à cause de l'alcool, c'était une erreur. On ne m'a pas éduqué comme ça, j'ai jamais volé qui que ce soit."

Selon les dires d'Abdeslam, l’ambiance dans sa famille est restée bonne malgré les attentats perpétrés à Paris.

Interrogé sur sa vie sentimentale, Abdeslam a indiqué ne plus avoir de contact avec la jeune femme qui partageait sa vie avant les attentats.

En prison, où il se trouve à l'isolement, il reçoit les visites de sa mère, sa petite soeur et sa tante.

Le président a ensuite demandé à Abdeslam qui il connaissait parmi les autres accusés. Répondant à plusieurs reprises qu'il buvait des verres régulièrement avec plusieurs d'entre eux, le Molenbeekois a suscité la curiosité du président. "Je suis né en Belgique, j’ai été imprégné par les valeurs occidentales", a rétorqué Abdeslam. Il précisera plus tard ce que cela signifie pour lui : "être un libertin sans se soucier de Dieu". Il ajoutera également qu'il a aussi été élevé dans une culture musulmane avec le prophète Mahomet.

D'après Sophie Parmentier, journaliste de France Inter, cet interrogatoire s'est déroulé de façon "très posée", tant le président Périès qu'Abdeslam usant d'un "ton doux".

Questionné par une magistrate sur sa volonté ou non de demander une remise en liberté depuis son incarcération, le prévenu a répondu par la négative. "C’est difficile à imaginer que vous allez me lâcher", a-t-il justifié.


13h05: la cour fait son entrée

Les débats devraient bientôt débuter, présidés par Jean-Louis Périès, président de la chambre à la Cour d’appel de Paris.

Salah Abdeslam a été installé tout à droite du box. Il est décrit en ces termes par la journaliste de France Inter

Sophie Parmentier

: "cheveux ras, épaisse barbe noire, gilet de laine gris, chemise marron claire".

Les débats devraient prendre fin aux alentours de 20h.

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