Boris Johnson rétropédale après avoir créé la polémique : "Nous reconnaissons la force des sentiments"

Son intervention tournait au scandale politique. Après avoir voulu éviter des sanctions à un député de son camp mis en cause pour lobbying, le Premier ministre britannique Boris Johnson a fait machine arrière jeudi, espérant préserver une image d'intégrité en pleine COP26.

Boris Johnson rétropédale après avoir créé la polémique : "Nous reconnaissons la force des sentiments"
©AP

"Corruption", "Honte", "Immoralité": de nombreux quotidiens britanniques ont dénoncé en Une son soutien apporté à une refonte des règles entourant les activités de lobbying des parlementaires.

La manoeuvre visait à permettre à tout député mis en cause de se défendre et de faire appel et évitait aussi à un membre de son parti conservateur, Owen Paterson, d'être suspendu du Parlement.

La commission parlementaire chargée des questions éthiques avait conclu que M. Paterson avait fait pression auprès de ministres afin de défendre deux entreprises pour lesquelles il était consultant rémunéré.

Chris Bryant, président travailliste de cette commission, a reproché aux ministres de changer les règles pour protéger l'un des leurs.

"C'est une perversion de la justice", a-t-il déclaré à la BBC, tandis que Caroline Lucas, la seule députée écologiste, a accusé le gouvernement de procéder à des manoeuvres "qui puent l'hypocrisie".

"Ils ont commencé la semaine en faisant la leçon au monde pour devenir plus respectueux de l'environnement tout en soutenant de nouveaux projets pétroliers et gaziers en mer du Nord, et maintenant ils parlent de +procédure régulière+ tout en votant pour aider l'un des leurs à échapper aux sanctions", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"C'est un gouvernement qui est en mode 'faites ce que je dis, pas ce que je fais' dont la crédibilité en Grande-Bretagne et à l'étranger est en train de rapidement s'effondrer", a-t-elle ajouté.

"Monde cruel"

Le Daily Mail, un tabloïd normalement favorable au Parti conservateur, a publié une Une cinglante pour le gouvernement britannique, liant l'affaire Paterson à un scandale en 2009 sur les notes de frais des députés.

Cette affaire, survenue juste après la crise financière mondiale, avait nourri la défiance du public à l'égard des responsables politiques.

Le gouvernement a finalement fait marche arrière jeudi, affirmant que les réformes proposées ne s'appliqueraient pas au cas d'Owen Paterson. Un débat urgent au Parlement se tiendra lundi prochain.

"Nous reconnaissons la force des sentiments" des députés sur la question, a admis le porte-parole de Boris Johnson.

Dans la foulée, le député a annoncé sa démission pour s'extraire "du monde cruel de la politique".

Le Premier ministre a été également accusé d'hypocrisie au sujet de son retour de la conférence climat de Glasgow à Londres mardi soir.

Selon la presse, après son retour en avion, le dirigeant conservateur et ancien journaliste a assisté à un dîner dans un club privé réservé aux hommes avec d'anciens collègues du Daily Telegraph dont l'ex-rédacteur en chef du journal, Charles Moore, qui est un climatosceptique.

Le Labour, principal parti d'opposition a accusé Boris Johnson de faire preuve d'une "hypocrisie stupéfiante" après avoir passé deux jours à Glasgow à appeler d'autres dirigeants à s'engager davantage dans la lutte contre le changement climatique.

Downing Street a défendu le retour à Londres de Boris Johnson en avion plutôt qu'en train, invoquant des contraintes de temps et affirmant que les émissions de carbone étaient compensées.

Le gouvernement avait déjà débuté la COP26 sous un flot de critiques, après avoir réduit son budget consacré à l'aide internationale, au moment où les pays pauvres sont appelés à en faire plus pour l'environnement.

Le ministre des Entreprises Kwasi Kwarteng a assuré à la BBC que le gouvernement était "entièrement concentré sur le rétablissement d'un degré d'intégrité et de probité dans la vie publique".

Mais pour Hannah Martin, codirectrice du groupe écologiste Green New Deal Rising, la confiance est rompue. "Il n'est pas étonnant que les jeunes ne fassent pas confiance aux dirigeants sur le climat, quand les politiciens serrent les rangs autour d'un député embourbé dans des accusations de corruption", a-t-elle déclaré à l'AFP.

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