À la frontière polonaise, un face à face explosif: la Biélorussie est "responsable d'un trafic de migrants"

Débarqués par avion depuis le Moyen-Orient, des migrants arrivés à Minsk affluent vers la frontière de l'Union européenne, poussés par les forces biélorusses. "Une attaque hybride" menée par Alexandre Loukachenko, selon la cheffe de l'opposition Svetlana Tikhanovskaïa.

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Photo prétexte ©AFP

Une colonne de migrants moyen-orientaux, des centaines d’hommes, de femmes, d’enfants, escortés par des forces de l’ordre biélorusses le long d’une autoroute vers la frontière polonaise : les images sont apparues lundi matin sur les réseaux sociaux, relayées notamment par la chaîne Telegram Nexta. Au fil de la journée, la situation n’a cessé de s’envenimer jusqu’à la tombée du jour.

Depuis plusieurs mois, le régime d'Alexandre Loukachenko instrumentalise les migrants, organise un flux artificiel, menant ce que la cheffe de l'opposition en exil, Svetlana Tikhanovskaïa, appelle une "attaque hybride" contre l'Union européenne. Les centaines de personnes qui débarquent de nombreux vols en provenance du Moyen-Orient, entre autres de Damas en Syrie, sont poussées vers la Pologne et la Lituanie par les autorités biélorusses. "On rapporte que l'armée de Loukachenko les menace de coups s'ils ne franchissent pas la frontière", affirme Franak Viacorka, le conseiller de Mme Tikhanovskaïa. En cours de journée lundi, la situation s'est dramatiquement dégradée quand des centaines de personnes criaient "Allemagne" face à un mur de gardes polonais retranchés derrière leurs boucliers, essayaient de couper les barbelés à la pince ou d'entrer sur le territoire de l'Union européenne, comme en témoigne une vidéo du ministère de la Défense.

Devant l'urgence d'une situation explosive, la Pologne a tenu ce lundi une réunion de crise réunissant le Premier ministre Mateusz Morawiecki, le ministre de l'Intérieur Mariusz Kaminski et son collègue de la Défense Mariusz Blaszak. Celui-ci, après avoir tweeté une vidéo, filmée d'un hélicoptère, montrant un large groupe de personnes massées derrière les grilles frontalières près du passage de Kuznica, a affirmé que "plus de 12 000" représentants des forces de l'ordre étaient postés sur place pour "défendre" le pays. "Les services polonais sont préparés à toutes les éventualités", a enchéri le vice-ministre de l'Intérieur, Maciej Wasik, sur Twitter. La Lituanie également a déployé des forces de l'ordre à sa frontière.

Des groupes de migrants à Minsk

"Il est important de se rappeler la raison de la crise. Loukachenko est responsable de ce trafic de migrants", insiste Franak Viacorka. "Il s'agit d'une véritable contrebande soutenue par l'État." L'homme fort de Biélorussie, proclamé président à l'issue d'un scrutin truqué en août 2020, "est entièrement responsable de l'attaque hybride contre la Pologne, la Lituanie et l'Union européenne", a réagi Svetlana Tikhanovskaïa. "Le trafic de migrants, la violence et les mauvais traitements doivent cesser. Une réponse européenne forte est nécessaire. Le Conseil de sécurité de l'Onu devrait discuter de cette crise."

Selon Franak Viacorka, "pour sortir de cette crise, des mesures proactives de la part de la communauté internationale sont nécessaires – sanctions et mission humanitaire des Nations unies". Et de poursuivre : "Que pourraient faire la Pologne et la Lituanie en réponse à la crise des migrants créée par Loukachenko ? Arrêter d'urgence le trafic de marchandises (voitures et trains) jusqu'à ce que la situation se stabilise aux frontières avec l'Union européenne. Sanctionner les banques du régime et les forces de l'ordre responsables du trafic de migrants."

Car le flux, organisé par Minsk pour se venger des sanctions européennes, n'est pas près de se tarir. Alors que les migrants allumaient des feux pour passer la nuit à la lisière de l'Union, survolés par des hélicoptères polonais et gardés par les forces biélorusses, de nouveaux groupes, qui se sont formés dans le centre-ville de Minsk, attendaient d'être, à leur tour, acheminés vers la frontière européenne. À l'entrée du centre commercial Galleria Minsk, une affiche, traduite en arabe à la main, indiquait que les "sacs à dos de touristes"étaient interdits. Ceux qui les portent comme seuls bagages attendront dans le froid.

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