L’Église française vendra des biens immobiliers pour indemniser les victimes d’abus sexuels

Une instance nationale chargée d’une indemnisation au cas par cas sera constituée.

BdO (avec AFP)

Un mois après la publication du rapport "Sauvé" portant sur les abus sexuels commis au sein de l’Église en France depuis 70 ans, l’épiscopat français, réuni à Lourdes depuis la semaine dernière, a rendu public ce lundi les mesures qu’il comptait prendre pour répondre à ce fléau.

Les cent vingt évêques de France ont décidé la constitution d'une instance nationale chargée d'indemniser au cas par cas les victimes de violences sexuelles. Elle sera présidée par une juriste, Marie Derain de Vaucresson, ancienne défenseure des enfants et cadre du ministère de la Justice. Sa mission commence immédiatement et elle constituera "son équipe à sa guise", a annoncé le représentant de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Éric de Moulins-Beaufort. C'est elle qui "va déterminer les règles de fonctionnement de cette commission et nous allons lui fournir les moyens d'accomplir cette mission d'indemnisation individualisée des personnes victimes", a-t-il ajouté. Pour ce faire, les évêques alimenteront le fonds "en se dessaisissant de biens immobiliers de la Conférence des évêques de France et des diocèses". S'il le faut, "un emprunt pourra être souscrit".

L’aide du pape François

Par ailleurs, l'évêque a fait part de la mise en place de neuf "groupes de travail" chargés de réfléchir à la "gouvernance" de l'Église, alors que des collectifs de fidèles réclament davantage de place pour les laïcs investis en son sein, dont les femmes.

Les évêques ont également demandé au pape de les aider "en envoyant quelqu'un" de confiance "examiner" la manière dont ils traitent les personnes victimes de pédocriminalité et leurs agresseurs.

Parmi les autres mesures, l'épiscopat a décidé de demander la vérification "systématique" des antécédents judiciaires de tout agent ecclésial.

Les évêques ont également confirmé la mise en place d’un tribunal pénal canonique national. Composé de laïcs formés et de prêtres, il devrait notamment permettre de rendre une justice de l’Église plus spécialisée et plus compétente. Les évêques s’engagent également à demander la signature d’un protocole avec les parquets concernés.

D’autres mesures sur le droit canonique, relevant du Vatican, seront transmises au pape François.

Une célébration mémorielle

Pour rappel, le rapport "Sauvé", du nom de son président Jean-Marc Sauvé, était issu des travaux de la Ciase, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.

Ce rapport avait secoué toute l’institution en estimant à 330 000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l’objet de violences sexuelles depuis 1950.

Vendredi, les évêques avaient reconnu la "responsabilité institutionnelle" de l'Église et la "dimension systémique" de ces violences. Ce samedi, à genoux, ils avaient organisé avec des victimes une célébration mémorielle et pénitentielle.

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