La France a-t-elle incité Daech à se retourner contre Paris ? François Hollande attendu à la barre ce mercredi

Des agents de la DGSI ont été entendus mardi avant l’audition de l’ancien président François Hollande, ce mercredi.

Ch. Ly. (avec AFP)

Plusieurs enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont été entendus mardi par la cour d’assises spéciale de Paris où se déroule depuis début septembre le procès des attentats du 13 Novembre. Ils ont dessiné à gros traits l’histoire du terrorisme islamique de 1995 à la fin 2012, puis l’émergence de l’État islamique (Daech), son apogée territorial fin 2014 et enfin ses défaites à la suite des bombardements de la coalition internationale et de l’offensive terrestre menée par les forces arabo-kurdes.

"1 467 résidents français sont partis en Syrie. Le maximum des départs c'est en 2014-2015 : 67 % des départs. Il faut aussi compter les 900 velléitaires qui ont cherché à se rendre sur place", a expliqué par visioconférence un agent masqué par une vitre opaque et armé d'un Power Point. "Au total dans le monde, c'est près de 30 000 à 40 000 personnes qui ont rejoint : plus de 2 000 Marocains, plus de 3 000 Tunisiens, des gens d'Asie centrale, etc. Et environ 6 000 Européens dont les Français constituaient un important contingent."

Le flux était incessant et l'entrée en Syrie, facilitée par la proximité de la Turquie avec l'Europe. L'agent a déclaré que la France avait effectué en novembre 2015 plus d'un millier de signalements auprès des services turcs, "mais cela n'empêchait pas les gens de passer. La plupart du temps, ils partaient pour une zone touristique puis passaient par des chemins de traverse".

Depuis 2016, le groupe terroriste est passé d’opérations quasi-militaires projetées depuis la Syrie à une propagande soutenue à l’égard de ses sympathisants en Europe, les incitant à commettre des attentats. Des "fiches techniques" ont été diffusées sur le Net pour montrer plusieurs moyens de commettre ces attentats.

François Hollande entendu ce mercredi

L’audience de ce mercredi est particulièrement attendue car François Hollande y sera entendu à titre de témoin. Il sera suivi de l'islamologue Gilles Kepel. Les auditions de l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et de l’ancien procureur de Paris François Molins ont été reportées au 17 novembre.

L'ex-président de la République a été cité par l'association Life for Paris, partie civile au procès. Sa venue avait suscité des remous au début du procès. Plusieurs avocats de la défense s'étaient notamment interrogés sur la pertinence de l'audition de François Hollande. "On ne comprend pas très bien ce que ce témoin pourrait apporter à la manifestation de la vérité", avait déclaré l'un d'eux. "Il était au moins sur l'un des lieux des attentats. […] Il pourra donner des éléments sur un certain nombre de thématiques", avait au contraire estimé un avocat de parties civiles.

Dans des interviews avant le procès, François Hollande a promis de répondre à l'accusation selon laquelle c'est la participation de la France aux bombardements alliés qui a incité Daech à se retourner contre Paris. "François Hollande a dit que nous avons combattu la France à cause de ses valeurs, mais c'est un mensonge", avait déclaré Salah Abdeslam, blâmant les "avions français qui ont bombardé l'État islamique, les hommes, les femmes, les enfants". "François Hollande savait les risques qu'il prenait en attaquant l'État islamique en Syrie", avait accusé Salah Abdeslam.

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