Au procès des attentats de Paris, François Hollande cible la Belgique: "La fuite d'Abdeslam, c'est la responsabilité d'un autre pays"

Un ancien président de la République à la barre: François Hollande est attendu mercredi au procès sous haute sécurité des attentats du 13-Novembre, où il a été cité comme témoin par une association de victimes.

La Rédaction avec AFP

Depuis l'ouverture des débats, le 8 septembre, le nom de François Hollande a résonné à plusieurs reprises dans la salle d'audience parisienne.

Notamment depuis le box, où le principal accusé Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, a justifié les attaques jihadistes du 13 novembre 2015 en riposte à la politique étrangère de la France et de son président d'alors.

"François Hollande savait les risques qu'il prenait en attaquant l'État islamique en Syrie", avait tancé Salah Abdeslam au sixième jour du procès.

Quelle sera l'attitude de Salah Abdeslam face à François Hollande ? Les parties civiles, elles, auront sans aucun doute des questions pour l'ancien chef de l'État.

L'audition de l'ancien chef de l'État, cité par l'association Life for Paris, partie civile au procès, aura lieu ce mercredi devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Suivez les moments-clés de l'audition, grâce à notre journaliste présent sur place, Christophe Lamfalussy :

19h21 : Hollande poursuit sur la stratégie française en Syrie

Hollande : "Il y avait des liens de complicité entre Bachar et l’État islamique. Il a fait libérer des centaines, des milliers de prisonniers islamistes". Sa stratégie, c’était de justifier l’intervention étrangère de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah. "Heureusement que les Kurdes syriens ont été héroïques. Ce sont eux qui ont permis de défaire Daech".

L'avocat belge Gultasar affirme que la charte de l'Onu n'autorise pas de faire la guerre contre des groupes non étatiques. Hollande lui répond : "Daech était un groupe qui se proclamait Etat, Etat islamique, qui faisait des exactions dans le pays et des attentats en dehors. Oui nous étions en légitime défense. Ce groupe pseudo étatique nous a fait la guerre. Nous ne sommes pas dans un terrorisme de quelques individus, mais dans une opération préparée de longue date".

19h03 : Echange tendu entre l'avocate de Salah Abdeslam et François Hollande

La parole est maintenant aux avocats de la défense. Me Olivia Ronen, qui représente Salah Abdeslam, cuisine l'ancien président avec le but de prouver que les attentats du 13 Novembre ont été causés par les frappes de la France contre Daech. Elle se dit "ennuyée" par la chronologie officielle des bombardements contre Daesh.

Hollande répond que l'Etat islamique avait décidé de frapper l'Europe avant cela. "La cellule était constituée pour préparer des attentats en Europe avant les frappes de la France. Elle existait depuis juin 2014", dit-il.

"M. Hollande, est-ce que les frappes françaises ont pu causer des victimes collatérales ?", demande-t-elle ensuite. "Quel est le sens de votre question ? Toutes les consignes données étaient de ne pas faire de victimes collatérales. Je n'en ai pas eu connaissance", répond-il.

"Les questions que je vous pose ne vise pas à légitimer quelconque attentat", assure Me Ronen. Face à entêtement, François Hollande s'agace : "Essayez de m'écouter. Je ne peux pas vous assurer qu'il n'y en a pas eu, mais je ne peux pas vous dire qu'il y en a eu."

Me Ronen aurait souhaité "des réponses précises, claires, assumées" et se rassied.

18h45: Reprise de l'audience

L'audience reprend avec des questions du ministère public sur le rôle de la Belgique, sa coopération avec la France et son état de préparation face à la menace djihadiste. "Sur le plan policier, une coopération réelle qui avait abouti au démantèlement de la cellule de Verviers. Au point de vue de renseignements, c’était plus compliqué, les services sont encore plus nombreux. La Belgique a fait face à des opérations qu’elle n’avait pas imaginées. Nous nous étions plus aguerris"

François Hollande n'a pas eu d'informations sur Oussama Atar avant le 13 Novembre. "Personnellement non, mais il a été identifié par la suite comme le supérieur d’Abaaoud et au dessus de lui, se trouvait (le Syrien) Adnani qui était le commanditaire supposé de ces attentats".

18h12 : Pause de l'audience

Les parties civiles ont terminé leurs questions à l'ancien président de la République. Petite suspension "de 20 minutes" annonce le président Periès. Après viendront les questions du ministère public et des avocats de la défense.

17h40 : Attaques au stade de France et au Bataclan

Plusieurs avocats posent des questions techniques.

Hollande s'explique sur ce que la France savait avant les attentats du 13 Novembre : "Abaaoud était identifié en août 2015 comme le principal organisateur. On pensait qu’il était le chef. Mais il y avait des gens au dessus de lui" dont on s’est occupé par après.

A propos de l'attentat au Stade du France mené par deux Irakiens et un Français vivant en Belgique, ceux-ci n'avaient pas de billets pour entrer dans le stade et deux d'entre eux ne parlaient pas français. "Était-ce improvisé?", demande un avocat. "Les terroristes islamistes, c’est un mélange de détermination, de préparation et d’improvisation", répond l'ancien président de la République.

Avait-il connaissance d'une menace planant sur une salle de concert ? "Nous ne pouvions pas fermer cette salle. En 2011, j'ai moi-même fait un meeting dans le Bataclan. Il y avait eu une menace en 2009, mais je n'avais pas à en être informé alors. De la même manière, nous ne pouvions prendre un dispositif sur une menace qui n'était pas précise. Et ces terroristes auraient réagi de toute façon : ils auraient tué, tué, ailleurs."

17h18 : La déchéance de nationalité, une mesure inutile

"Cette mesure n'aurait jamais dissuadé un terroriste de faire un acte abominable. Cela ne vas pas les retenir. La droite n'en voulait plus et la gauche était réticente. À partir de là, j'ai retiré la proposition", explique François Hollande en réponse à la question d'une avocate.

17h16 : Hollande reporte à nouveau la faute sur la Belgique

Interrogé par un avocat des parties civiles, Hollande revient sur la fuite d'Adeslam en Belgique et constate que des pays n'avaient pas à l'époque un niveau de protection et de surveillance suffisant, similaire à la France et au Royaume-Uni. "Compte tenu de l’organisation des services en Belgique, Abdeslam n’avait pas été identifié comme un suspect de terrorisme", relève-t-il.

17h : "Nous connaissions les individus mais nous n’avions pas l’idée qu’ils étaient déjà là"

Les avocats enchaînent leurs questions sur divers sujets.

Me Samia Maktouf, avocate des parties civiles, demande : "Est-ce que tout a été fait pour éviter ces attentats ?". Hollande : "Si j’avais le moindre doute, je vous le dirais en exprimant le pardon. Mais je ne suis pas dans cette démarche- là. Je mesure la souffrance des victimes. Je comprends leur besoin d’explications. En âme et conscience, j’ai toujours eu les informations sur la gravité de la menace (…) mais nous avons tout fait ce que nous pouvions pour traquer les auteurs, y compris en Syrie. Mais hélas, nous n’avions pas d’informations préalables sur les attentats du 13 novembre, leur localisation. Nous connaissions les individus mais nous n’avions pas l’idée qu’ils étaient déjà là".

16h38 : Intervention militaire au Moyen-Orient, "je ferais exactement la même chose"

Bagdad et les Kurdes irakiens avaient appelé la France à intervenir militairement. "J'ai pris la décision en août 2014. (...) Je ferais exactement la même chose aujourd'hui", assure Hollande, qui parle de "frappes ciblées". "Nous frappions des éléments armés, en aucune façon des populations civiles". Et il rappelle aussi que les premières victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans.

Hollande précise que la décision de frappes en Syrie n'a été prise que le 7 septembre 2015, soit après que les commandos aient été projetés de Syrie. La première frappe française en Syrie date du 27 septembre 2015. Une précision importante pour le procès, puisque Salah Abdeslam assure que les terroristes ont agi en réaction à l'intervention de la France en Syrie. "Nous étions certains à partir du début de 2015 que Daech voulait nous faire la guerre. On nous a fait la guerre, nous avons répondu"

Hollande botte en touche à la question sur le plan de neutralisation des principaux responsables des attentats, par frappes d'avions ou de drones. "Dès lors que nous avions décidé d’une intervention, l’ordre donné c’était de veiller à ce qu’ils soient neutralisés. Après, je n’avais pas plus d’informations. C'était l'armée".

16h25 : La fuite de Salah Abdeslam est "la responsabilité d'un autre pays"

Interrogé sur la fuite de Salah Abdeslam, Hollande déclare : "Ce fait n’est pas la responsabilité de la France. C’est celle d’un autre pays."

Les avocats des parties civiles posent à leur tour leurs questions. Me Delas évoque le fait que les terroristes ont cité directement son nom au Bataclan. Hollande : "C’était une formule apprise par eux (...), comme si les commanditaires leur avaient demandé que c’était cela le message qu’ils devaient donner". L'intention était double. La première, c'était de nous faire renoncer à nos interventions en Irak et en Syrie. La seconde, c'était de faire en sorte qu'à l'intérieur de notre pays, il puisse y avoir un doute, pour déstabiliser, et faire en sorte qu'il s'installe une guerre de religion, une rupture entre les uns et les autres. Toute mon attitude dans ces moments-là, ça a été de préserver l'unité nationale, de faire en sorte que nous soyons comme un roc, un bloc"

16h17 : Otages du Bataclan

Le président de la Cour pose les questions, au nom des parties : "Y avait-il une menace particulière contre le Bataclan ?". Hollande répond qu'"il y avait une menace en 2009 – je n’étais pas président – mais il n’y avait pas eu de suite à cette menace. Je n’ai pas reçu en tant que chef de l’État d’information particulière d’une menace sur le Bataclan ou une menace antisémite."

Concernant l'attaque à la salle de spectacle, "nous savons qu'il y a des otages, dont nous ignorons le nombre. Je donne l'ordre de les libérer, mais les opérations nécessaires pour cela, c'est le préfet de police sous l'autorité du ministre de l'Intérieur qui les met en oeuvre", assure-t-il.

L'ex chef de l'Etat salue à nouveau la BRI. "La BRI a été exemplaire. La BAC également, et pendant mes responsabilités, j'ai fait attention pour qu'il n'y ait pas de rivalité. Mais la BRI a été exceptionnelle"

16h13 : "Chaque jours nous étions sous la menace"

Hollande revient sur l'année 2014, lors de laquelle les menaces islamistes ciblent la France. "Quel était l’état de la menace à la mi-novembre ?", lui demande le président Jean-Louis Periès. "Elle était bien antérieure. C’est la constitution d’une cellule en Syrie dont l’objectif était de préparer des attentats en Europe. Nous ne sommes pas encore intervenus en Irak et pas en Syrie. Je dis que nous devons nous préparer, que nous savons que nous sommes la cible. Nous savons que les attentats ont été préparés dès la fin 2014".

"Chaque jour, nous étions sous la menace", déclare-t-il. "Nous savions qu'il y avait des chefs, mais nous ne savions pas où, quand et comment ils allaient nous frapper".

16h04 : François Hollande raconte sa soirée du 13 novembre 2015

L'ancien chef de l'Etat, explique sa soirée qui a débuté au stade de France : "Je n'avais pas prévu de m'y rendre, c'est quand j'ai su que le ministre des affaires étrangères Allemand y était avec des amis que je m'y suis rendu. Il n'y avait pas une menace particulière ce soir-là. Le temps était clément, la partie amicale."

"Lorsque la première détonation a retenti, que le joueur s'est arrêté, surpris, j'ai pris conscience qu'il pouvait s'agir d'un attentat. A la deuxième explosion, je n’ai plus eu de doutes". Quittant le stade après le début de la deuxième mi-temps, Hollande se rend au PC de sécurité. Il prend trois décisions, pour que le match se poursuive et éviter la panique : fermer les frontières, convoquer le conseil des ministres pour déclarer l’état d’urgence, faire libérer les otages au Bataclan.

"Je décide d'aller jusqu'à l'entrée du Bataclan, non pas pour entrer, ce n'est ni ma place ni mon rôle, mais pour voir ces gens. Je vois des gens en sortir. Ils me voient, ne pouvant prononcer le moindre mot".

16h : François Hollande prend la parole

"Mon nom est Hollande. Mon prénom est François", commence l'ancien président, qui en qualité de témoin doit se présenter. "Ce témoignage, je le dois à toutes les victimes (...), à ceux qui veulent comprendre. Les victimes veulent comprendre. Elles cherchent des explications. Je répondrai à toutes leurs questions", poursuit-il, jurant de dire "toute la vérité et rien que la vérité".

Invité à la barre pour justifier notamment de l'engagement français au Moyen-Orient, Hollande déclare que "Daech, ce groupe pseudo étatique nous a frappé non pas pour ce que nous faisions mais pour ce que nous représentons : une république laïque, une société ouverte (…) Ce groupe nous a frappé pour notre notre mode de vie".

15h50 : L'audience reprend

La cour prend place après plus d'une heure de délibération. La cour rejette la demande de la défense. François Hollande, Georges Fenech, les experts Sifaoui, Kepel et Micheron seront bien entendus par la cour d'assises. L'ancien président de la République arrive à la barre.

15h30 : François Hollande est arrivé au Palais

En attendant la délibération de la cour, François Hollande est arrivé au Palais de justice de Paris, signalent plusieurs journalistes français. Il est entrée dans la salle d'audience, entouré de gendarmes.

14h20 : L'audience est suspendue

La cour se retire pour délibérer sur l'audition de François Hollande, la décision devrait être connue dans quelques minutes.

13h40 : Les avocats des parties civiles plaident au contraire pour la venue de François Hollande

L'avocat de Life for Paris, l'association des victimes des attentats du 13 novembre, estime que François Hollande est "au cœur du dossier".

13h20 : Les avocats des accusés refusent le témoignage de François Hollande

Plusieurs avocats des accusés défilent à la barre pour s'opposer à la venue de certains témoins, dont François Hollande. "On va venir vous dire que François Hollande était dans le stade de France alors qu'on a entendu ici que la constitution de partie civile de ceux qui étaient dans le stade n’était pas recevable", a souligné l'avocate Me Ménya Arab-Tigrine, dont les propos sont rapportés par la journaliste de Franceinfo présente sur place.

L'avocat d'Ali El Haddad Asufi, Me Méchin s'oppose également à la venue de l'ancien président : "On voudrait éviter que ce procès soit considéré comme une tribune ou comme un lieu qui permettrait d’essayer de répondre à toute une série de questions politiques, sur les fautes de l’Etat français", a-t-il lancé.

13h : L'audition de François Hollande aura-t-elle lieu ?

La venue de François Hollande sera d'abord soumise à débat. Les avocats de la défense ont soulevé la question de la pertinence de son audition. L'ex-président de la République devrait arriver à la barre qu'à 14h.

12h50: l'audience débute

En raison de problèmes de procédure, le début de la séance a été reporté. L'audience a finalement débuté sur le coup de 12h50.

12h30: la salle est comble

Selon des journalistes de France Inter présents sur place, la salle d'audience est pleine à craquer pour l'audition de François Hollande, signe que son passage à la barre est très attendu.

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