Tensions aux frontières du Bélarus: De nouvelles sanctions attendues début décembre, affirme Sophie Wilmès

Une liste "conséquente" de personnes et d'entités responsables des fortes tensions migratoires aux frontières du Bélarus et de l'Union européenne devrait pouvoir être adoptée début décembre, a indiqué lundi la ministre belge des Affaires étrangères Sophie Wilmès, à sa sortie d'une réunion avec ses collègues européens.

Tensions aux frontières du Bélarus: De nouvelles sanctions attendues début décembre, affirme Sophie Wilmès
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Belga-AFP

Par une décision technique, le Conseil (États membres) a étendu ce lundi le régime de sanctions européennes aux individus et aux entités qui facilitent le passage illégal aux frontières du Bélarus vers l'UE. Ce cadre doit dans les prochaines semaines être complété par les noms des individus et des entités ciblés.

Les pays de l'UE qui subissent cette pression - essentiellement la Pologne et la Lituanie - ont reçu le soutien des autres États membres à la table du Conseil de l'UE. "Nous leur avons réitéré notre solidarité", a commenté Mme Wilmès.

"Nous continuons à travailler à l'accessibilité des ONG humanitaires", a-t-elle souligné, alors que des milliers de migrants sont coincés entre les forces frontalières polonaises et bélarusses, et exposés à des conditions météorologiques hivernales.

"Nous voulons que Frontex (l'agence européenne de garde-frontières, NDLR) puisse aussi travailler sur ce terrain", a-t-elle ajouté, alors que le gouvernement ultra-conservateur et eurosceptique en place à Varsovie refuse cette aide européenne, lui qui mène un bras de fer avec l'UE sur ses atteintes à l'État de droit.

"Il faut s'assurer du respect du droit international humanitaire", a insisté la cheffe de la diplomatie belge.

En réponse à l'attitude du Bélarus, la Pologne est soupçonnée de pratiquer le refoulement des migrants et demandeurs d'asile, sans leur laisser la possibilité de déposer une demande, ce qui est illégal.

Interrogée par Belga sur la demande de certains États membres de financer des barbelés ou un mur, demande que la Commission rejette en raison d'un accord passé avec le Parlement, Mme Wilmès a indiqué que cette question n'avait pas été évoquée ce lundi.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, avait appelé la semaine dernière à "trancher rapidement" la question du financement par l'UE d'infrastructures physiques aux frontières extérieures de l'Union, "dans le respect du droit européen, des obligations internationales et des droits fondamentaux".

Avant la réunion, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, avait estimé que la situation "revenait sous contrôle" concernant les migrants qui prennent des vols vers Minsk depuis le Moyen-Orient.

Les Occidentaux accusent le régime du président Alexandre Loukachenko d'avoir orchestré la crise en encourageant ces personnes à venir dans le pays, puis en les acheminant à la frontière de l'UE. M. Loukachenko, qui est au pouvoir depuis près de 30 ans et qui a mené une répression sanglante contre ses opposants, nie ces accusations et incrimine l'Occident.

Le Bélarus a affirmé ce lundi vouloir faire rentrer "chez eux" les migrants campant à la frontière avec la Pologne, alors que deux à trois mille personnes, souvent originaires du Kurdistan irakien, dont de nombreux enfants, se préparaient à passer une nouvelle nuit dehors par des températures négatives.

Des dizaines, voire des centaines d'entre eux, ont notamment rejoint lundi le poste frontière de Brouzgui au Bélarus, face à la ville polonaise de Kuznica. Des images diffusées par les médias bélarusses les montrent autour de feux de camp, s'allongeant dans des sacs de couchage à l'ombre de barbelés ou faisant face aux forces polonaises casquées et masquées qui gardent la zone frontalière.

"Nous sommes prêts (...) à les mettre tous dans des avions qui les ramènent à la maison", a dit le président bélarusse Alexandre Loukachenko, selon l'agence d'État Belta. "Un travail actif est en cours pour convaincre ces gens" mais, a-t-il dit, "ils ne veulent pas rentrer". "Il est clair qu'ils n'ont plus où rentrer, plus de domicile, et n'ont rien pour y nourrir leurs enfants".

"Je n'ai aucune raison de croire que ce que (M. Loukachenko) dit est vrai", a déclaré le chef de la diplomatie lituanienne Gabrielius Landsbergis.

M. Loukachenko s'était précédemment dit prêt à couper le transit du gaz russe vers l'Europe, mais Moscou, suzerain de Minsk, avait rapidement minimisé la portée de la menace. Le président Vladimir Poutine avait cependant estimé que les Européens se devaient de renouer le dialogue avec les Bélarusses.

La Russie a également rejeté les accusations de Varsovie, qui considère Moscou comme le véritable commanditaire de la crise migratoire, sur fond de tensions russo-occidentales.