Coronavirus: l'Allemagne dépasse le cap des 60.000 infections par jour, la lutte contre la crise minée par des querelles politiques

Les autorités sanitaires allemandes ont enregistré de nouvelles statistiques "Covid" inquiétantes avec 65.371 nouvelles infections dépistées en un jour, selon l'institut de veille sanitaire Robert Koch (RKI) jeudi.

DPA/Belga

Les responsables allemands planchent jeudi sur une réintroduction de mesures drastiques visant en particulier les non-vaccinés afin de contrer l'emballement de la pandémie de coronavirus dans le pays, dans un climat politique envenimé.

Les débats interviennent alors que les nouvelles infections au Covid-19 ont grimpé jeudi à un nouveau record de 65.371 en 24 heures, selon les données de l'institut de veille sanitaire Robert Koch (RKI).

La chancelière sortante Angela Merkel ne cache d'ailleurs pas sa préoccupation, jugeant "dramatique" cette quatrième vague de pandémie qui frappe la première économie allemande, dont seulement 67,7% de la population est vaccinée.

Le pays fait ainsi figure de mauvaise élève parmi les pays de l'ouest de l'Europe.

Une réunion de crise avec la dirigeante sur le départ et les chefs de gouvernement régionaux, compétents en matière sanitaire, doit se tenir dans l'après-midi afin de décider de nouvelles restrictions.

Parmi les mesures discutées figurent un retour massif au télétravail ou encore la nécessité d'un pass sanitaire pour emprunter les transports publics.

"Première erreur"

Avant cette réunion, un débat enflammé a eu lieu au Bundestag, la chambre basse du parlement, où les députés ont adopté une nouvelle loi définissant le cadre légal permettant l'application des mesures qui seront décidées dans l'après-midi par la chancelière sortante, son probable successeur le social-démocrate Olaf Scholz et les régions.

Ce texte, présenté par les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux en négociation pour former un gouvernement, a été adopté par 398 voix. 254 ont voté contre, 36 se sont abstenus.

Il remplace l'actuelle loi d'urgence épidémiologique, valable jusqu'au 25 novembre, qui avait permis jusqu'ici au gouvernement d'Angela Merkel d'imposer une panoplie de restrictions pour lutter contre l'épidémie.

Mais le bloc conservateur au Bundestag rejette ce nouveau texte, à ses yeux insuffisant, et a menacé d'empêcher son adoption vendredi à la chambre haute du parlement, le Bundesrat qui rassemble les représentants des régions.

Le probable futur gouvernement "prend sa première décision aujourd'hui et fait aussi sa première erreur", a lâché le conservateur Stephan Stracke devant l'assemblée.

Les trois partis ont accusé en retour les conservateurs, grands perdants des élections législatives du 26 septembre, de vouloir saper la formation d'un nouvel exécutif et de défendre des intérêts "purement politiques". "D'abord le parti, après le pays!", a critiqué le social-démocrate Dirk Wiese.

Cette foire d'empoigne politique menace de retarder la mise en place de restrictions contre la pandémie, à un moment où les hôpitaux connaissent un nouvel afflux de malades du Covid et sont plus vulnérables en raison d'un manque de personnel soignant.

"Situation d'urgence"

La résurgence de la pandémie a pris par surprise les trois partis devant former à partir de décembre le prochain éxécutif. Accusés d'inaction ces dernières semaines SPD, Verts, et libéraux ont répliqué en proposant de nouvelles mesures.

Ils veulent notamment exclure les personnes non-vaccinées des restaurants, bars, ou des événements culturels ou sportifs en salle, sans toutefois recourir à des fermetures généralisées de magasins, hôtels, restaurants ou écoles, comme ce fut le cas durant les premières vagues.

L'Union conservatrice d'Angela Merkel juge que de tels "lockdowns" pourraient être de nouveau nécessaires prochainement dans certains Etats régionaux où le virus explose, comme la Saxe, la Thuringe ou la Bavière.

"Je pense de plus en plus que pour briser avec succès cette nouvelle vague, nous ne pourrons pas seulement nous concentrer sur les non-vaccinés", a déclaré à cet égard le chef du gouvernement de la Saxe Michael Kretschmer au journal populaire Bild.

Le président de l'Institut RKI, Lothar Wieler a de son côté exprimé une certaine frustration face aux responsables politiques et les a exhortés à agir rapidement.

"Après 21 mois, je ne peux simplement pas supporter que ce que je dis et ce que d'autres collègues disent n'est toujours pas accepté", a-t-il déclaré mercredi soir.

"Il règne une situation d'urgence dans notre pays", a-t-il mis en garde, et "les fêtes de Noël seront très dures si nous ne ripostons pas maintenant".