"Environ 7.000" migrants se trouvent au Bélarus, un vol de rapatriement a décollé pour l'Irak

"Environ 7.000" migrants se trouvent actuellement au Bélarus, dont quelque 2.000 à la frontière avec la Pologne où se déroule une crise migratoire, a affirmé jeudi la présidence du Bélarus.

AFP

Un premier avion transportant des migrants irakiens a quitté jeudi le Bélarus, que les grandes puissances accusent d'avoir provoqué un afflux d'exilés à sa frontière avec la Pologne, où Varsovie a procédé à l'arrestation d'une centaine d'entre eux.

Un appareil de la compagnie Iraqi Airways a décollé dans l'après-midi de Minsk pour Bagdad, où le gouvernement avait annoncé le "rapatriement" de ses ressortissants "volontaires". Plus de 400 Irakiens se trouvaient à bord, selon l'agence de presse russe Interfax.

Plusieurs milliers de migrants, originaires principalement du Proche-Orient, sont bloqués depuis des jours le long de la frontière polonaise, dans l'espoir de gagner l'UE. Mais Varsovie, ainsi que les deux autres voisins européens du Bélarus, la Lituanie et la Lettonie, refusent les laisser passer.

L'Occident accuse Minsk d'avoir orchestré depuis l'été cet afflux de migrants, en riposte à des sanctions occidentales prises contre le régime d'Alexandre Loukachenko après la répression en 2020 d'un mouvement d'opposition.

Signe que la situation reste tendue, les forces de sécurité polonaises ont annoncé l'arrestation d'une centaine de migrants qui avaient tenté de franchir la frontière dans la nuit de mercredi à jeudi.

Minsk a indiqué qu'environ 7.000 migrants se trouvaient sur son territoire, se disant prêt à en "rapatrier" 5.000, "s'ils le souhaitent", au lendemain d'un entretien téléphonique entre le président bélarusse Alexandre Loukachenko et la chancelière allemande Angela Merkel.

La présidence bélarusse a aussi assuré que Mme Merkel allait négocier avec l'UE un "corridor humanitaire" pour évacuer les 2.000 migrants restants vers l'Allemagne. Mais Berlin n'avait pas commenté cette affirmation dans l'immédiat.

Le G7 condamne Minsk

Jeudi, les grandes puissances du G7 ont "condamné l'orchestration par le régime bélarusse" de cette crise migratoire, sommant Minsk d'y mettre un terme "immédiatement" et d'autoriser l'accès à l'aide humanitaire.

En attendant, sur le terrain, les tentatives de traversée de la frontière continuaient.

"Un groupe d'environ cent migrants a été arrêté par les services polonais", a indiqué le ministère polonais de la Défense, accusant les forces spéciales bélarusses d'avoir "forcé les migrants à jeter des pierres sur les soldats polonais afin de détourner leur attention".

Une vidéo diffusée par le ministère de la Défense montre des soldats polonais entourant un groupe important de migrants accroupis par terre la nuit dans une forêt, près d'une clôture de fils de fer barbelé.

L'incident n'a pas pu être vérifié de manière indépendante, car les journalistes sont interdits de la zone frontalière immédiate du côté polonais.

Lors d'un autre incident, des séquences vidéo diffusées par les gardes-frontières bélarusses montraient un chien garde-frontière lituanien mordant un homme allongé sur le sol dans un sac de couchage.

Les gardes-frontières lituaniens ont admis l'incident, affirmant qu'ils tentaient de repousser un groupe de migrants au Bélarus et que les gardes-frontières n'avaient pas vu le migrant.

Enfant mort

Isolé sur la scène internationale, Minsk a affirmé mercredi que les discussions entre Mme Merkel et M. Loukachenko, qui se sont entretenus à deux reprises cette semaine, avaient abouti à un accord sur l'organisation de pourparlers Bélarus-UE.

Mais cette annonce a été immédiatement nuancée par Berlin et la Commission européenne, qui ont évoqué une coopération entre Minsk et l'UE pour fournir une aide humanitaire aux migrants coincés à la frontière par des températures glaciales.

Le gouvernement polonais a, lui, mis en garde contre tout accord sur la crise qui pourrait être conclu "au-dessus de nos têtes".

La Russie a salué le dialogue direct entre l'UE et le Bélarus et nié toute implication dans cette crise.

Au moins 11 migrants sont morts des deux côtés de la frontière depuis l'été, selon des organisations humanitaires.

Une d'entre elles, le Centre polonais d'aide internationale (PCPM), a déclaré avoir aidé, aux premières heures de jeudi, un couple syrien qui se trouvait dans la forêt frontalière depuis un mois et demi.

"Leur enfant d'un an est mort dans la forêt", a-t-elle indiqué.

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