L'armée allemande compte rendre le vaccin obligatoire pour les soldats

L'armée allemande s'apprête à imposer le vaccin contre le Covid-19 à ses soldats face à la résurgence de la pandémie, a annoncé mardi le ministère de la Défense, au moment où le débat enfle sur l'obligation vaccinale pour la population. Un comité d'arbitrage du ministère avec participation des représentants du personnel a décidé la veille d'ajouter le vaccin contre le Covid à la liste de vaccins obligatoires pour l'ensemble des troupes, a dit un porte-parole du ministère à l'AFP.

L'armée allemande compte rendre le vaccin obligatoire pour les soldats
©Reporters / DPA

Son application officielle "est attendue rapidement", a-t-il ajouté. La ministre de la Défense sortante, Annegret Kramp-Karrenbauer, s'est "instamment prononcée en faveur de l'obligation", a-t-il ajouté.

La Bundeswehr deviendrait ainsi la première institution en Allemagne à prendre une telle mesure.

Dans ce pays, frappé par une intense quatrième vague de contaminations, comme en Autriche voisine, le taux de vaccination est inférieur à 70%, soit moins que d'autres pays européens comme la France où il atteint 75%.

Le semaine dernière, les dirigeants allemands ont ouvert la voie à une obligation pour le personnel de santé et des maisons de retraite.

Mais la situation sanitaire est telle qu'un débat sur la vaccination obligatoire, catégoriquement rejetée jusqu'ici par le gouvernement d'Angela Merkel, fait rage.

Deux dirigeants régionaux, le conservateur munichois Markus Söder, et l'écologiste Winfried Kretschmann (Bade-Wurtemberg), plaident pour une telle obligation, dans une tribune commune parue mardi dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

"Chacun peut penser ce qu'il veut chez nous. Et chacun peut être aussi obstiné qu'il le souhaite. Mais là aussi, il y a une limite lorsque sa propre vision du monde cause de graves dommages à d'autres personnes", dénoncent les deux ministres-présidents régionaux.

Des associations de médecins se sont également prononcées en faveur d'une obligation pour l'ensemble de la population, à un moment où le taux d'incidence des nouvelles infections sur sept jours frôle mardi le seuil de 400, un record pour le 16e jour d'affilée.

La CDU d'Angela Merkel, qui va quitter le pouvoir dans les prochaines semaines, a demandé à la future coalition de trois partis qui va lui succéder de prendre position sur ce sujet d'une éventuelle obligation vaccinale.

Son époux Joachim Sauer a de son côté rompu avec sa réserve habituelle pour déplorer la "paresse" des non-vaccinés.

"Il est surprenant qu'un tiers de la population ne suive pas les connaissances scientifiques. Cela est en partie dû à une certaine paresse et à la commodité des Allemands", a estimé le chercheur en physique quantique dans une interview au quotidien italien La Repubblica, repris par son partenaire allemand Die Welt.

"L'autre groupe est constitué de personnes qui suivent une conviction personnelle, une sorte de réaction idéologique à ce qu'ils considèrent comme une dictature de la vaccination", déplore-t-il.

"Pourtant, nous assistons actuellement à un grand succès de la science", fait valoir le physicien, qui évite habituellement toute prise de position publique en dehors de son champ de compétence scientifique.

"Personne n'aurait parié que nous aurions un vaccin en si peu de temps. C'était un miracle", salue M. Sauer, à quelques jours du départ de la chancellerie d'Angela Merkel au terme de seize années au pouvoir en Allemagne.