27 morts dans le naufrage d'un bateau de migrants au large de Calais, Macron assure que la France "ne laissera pas la Manche devenir un cimetière"

C’est le naufrage le plus meurtrier jamais observé dans la Manche.

M.U.

Mercredi, 27 personnes, selon un nouveau bilan revu à la baisse, ont péri lors de leur tentative de rejoindre le Royaume-Uni, depuis Dunkerque. L’alerte a été donnée vers 14 heures par un pêcheur qui a découvert une quinzaine de corps flottant au large de Calais. Tout au long de l’après-midi, le bilan n’a cessé de s’alourdir, provoquant une onde de choc en Europe, en particulier en France et au Royaume-Uni, qui se rejettent mutuellement la faute d’une augmentation significative des traversées ces derniers mois.

Selon France Info , deux rescapés, en état d'hypothermie sévère, ont été transportés à l'hôpital. Si la météo semblait favorable à un départ, l'embarcation n'a pas résisté aux courants et aux vents violents qui secouent la Manche, caractérisée également par un trafic maritime très dense, de sorte que la traversée de cette zone est extrêmement dangereuse.

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a affirmé jeudi le président français, Emmanuel Macron, en demandant "une réunion d'urgence des ministres européens concernés par le défi migratoire". "Tout sera mis en œuvre pour retrouver et condamner les responsables" de ce drame, a-t-il aussi assuré. Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête et, selon Libération, deux passeurs auraient été placés en garde à vue.

"Une tragédie"

"Le naufrage survenu dans la Manche est une tragédie", a réagi plus tôt dans la journée le Premier ministre Jean Castex. "Mes pensées vont aux nombreux disparus et blessés, victimes de passeurs criminels qui exploitent leur détresse et leur misère." Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, a partagé sa "forte émotion", avant de se rendre sur place.

Côté britannique, le Premier ministre, Boris Johnson, a convoqué une réunion interministérielle de crise, se disant "choqué, révolté et profondément attristé" par ce naufrage. Il a assuré vouloir "faire plus" avec la France pour décourager les traversées, sans manquer de l'accuser, à mots couverts, d'être trop laxiste dans ses mesures pour bloquer cette route migratoire. "Nous avons eu des difficultés à persuader certains de nos partenaires, en particulier les Français, d'agir à la hauteur de la situation, mais je comprends les difficultés auxquelles tous les pays sont confrontés", a-t-il déclaré sur Sky News . La députée conservatrice de Douvres, Natalie Elphicke, a même estimé que cette "tragédie absolue" montrait "bien que, pour sauver des vies en mer, il faut d'abord empêcher les bateaux d'entrer dans l'eau".

Toujours plus de traversées

En 2018, Londres et Partis s’étaient mis d’accord sur un "plan d’action renforcé" pour limiter les tentatives de traversée de la Manche et qui s’est traduit par une sécurisation des ferries du port de Calais et de l’Eurotunnel. Ces mesures ont été suivies d’une multiplication des tentatives de traversée de la Manche en bateau, désormais le seul moyen pour les migrants - confrontés aux conditions de vie de plus en plus difficiles à Calais, aux incertitudes liées au Brexit et au durcissement de la politique d’asile britannique - de rejoindre le Royaume-Uni.

Au 20 novembre, 31 500 migrants avaient quitté les côtes françaises depuis le début de l’année. Une tendance qui n’a pas baissé malgré les températures hivernales. Selon Londres, 22 000 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l’année. Les chiffres, qui ont doublé ces trois derniers mois, ont ainsi ravivé les tensions entre la France et le Royaume-Uni, qui se renvoient la balle depuis des années sur la question. D’autant que les deux pays s’opposent sur d’autres dossiers sensibles, tels que celui de la pêche.

Au-delà des enjeux politiques, les ONG alertent depuis longtemps sur la dangerosité de la situation, comme l'a rappelé Charlotte Kwantes, responsable d'Utopia56, association qui intervient auprès des exilés à Calais, interrogée par l'AFP. "Tant que des voies de passage sûres ne seront pas mises en place entre l'Angleterre et la France, ou tant que ces personnes ne pourront pas être régularisées en France, que Darmanin vienne ou pas à Calais, il y aura des morts à la frontière."

27 morts dans le naufrage d'un bateau de migrants au large de Calais, Macron assure que la France "ne laissera pas la Manche devenir un cimetière"
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