Maureen Dor affirme avoir été sexuellement agressée par Nicolas Hulot

L’ex-animatrice belge a adressé un courrier à la rédaction d’Envoyé spécial pour dénoncer des faits remontant à 1989.

Maureen Dor affirme avoir été sexuellement agressée par Nicolas Hulot
©D.R.

France 2 diffusait ce jeudi soir le numéro d'Envoyé spécial dans lequel 4 femmes accusaient Nicolas Hulot d'agressions sexuelles et de viol. Trois témoignages à visage découvert et un anonyme qui s'ajoutent à la plainte classée sans suite déposée contre l'ex animateur et ex-ministre en 2018 par la petite-fille de François Mitterrand, Pascale Mitterrand.

Un témoignage de plus est venu s'ajouter à ce concert ce jeudi. celui de l'ex-animatrice et comédienne belge Maureen Dor désormais éditrice et installée en France. Dans un long courrier adressé à la rédaction d'Envoyé spécial, elle relate des faits remontant à 1989, dans un hôtel bruxellois. Elle avait alors 18 ans et venait de commencer à travailler à la télévision comme elle l'explique dans sa lettre. "J'ai lu le livre'Les chemins de traverse' de Nicolas Hulot, star de l'émission "Ushuaïa". J'ai adoré ce livre et j'ai eu l'envie de lui envoyer une lettre qui le lui disait. Ne connaissant pas son adresse, j'ai écrit à "Nicolas Hulot, émission Ushuaïa, TF1, Paris, France". Dans cette lettre, je lui disais aussi que j'étais Bruxelloise et que je me ferais un plaisir de lui faire visiter ma ville si un jour il y venait. Je lui laissais aussi mon numéro de téléphone puisque nous étions "collègues de télévision."

Quelques semaines plus tard, à sa grande surprise, elle reçoit un coup de fil de Nicolas Hulot lui annonçant sa venue à Bruxelles. Un rendez-vous est fixé à l'hôtel Métropole. Elle s'y rend mais les choses ne se passent pas comme elle le prévoyait. "Je l'accompagne donc et, aussitôt dans la chambre, le voilà qui me saute dessus et tente de m'embrasser. Je le repousse, étonnée et effrayée, en lui faisant cette remarque si naïve : 'Mais vous avez une femme !' et lui de me répondre que cela n'a rien à voir et que je serai une 'parenthèse'."

Anticipant les remarques qui pourraient lui être faites, Maureen Dor précise : "Et maintenant, je vais commencer à me justifier, comme toute femme qui s'est retrouvée en fâcheuse posture. J'ai 18 ans en 1989, élevée dans un milieu bourgeois catholique. Je suis vierge et surtout, je ne me trouve pas particulièrement sexy. C'est important à dire parce qu'à l'époque je pense sincèrement qu'un homme peut me proposer de l'accompagner dans sa chambre sans avoir aucune arrière-pensée. Je fais partie de ces jeunes filles qui ne pensent pas un instant inspirer la moindre pensée ou le moindre désir d'ordre sexuel."

Pourtant, la Belge avoue y être retournée. Elle a accepté l’invitation à dîner de Nicolas Hulot et de son équipe, malgré ce qu’il venait de se passer. Et dans la voiture les emmenant au restaurant, l’animateur et futur ministre lui a redonné le numéro de sa chambre, “au cas où”. Plus tard, elle lui a écrit un courrier dans lequel il lui expliquait qu’il ne fallait pas faire ça aux jeunes filles qui l’admiraient. Lettre qu’elle lui a remise en mains propres lors du salon du livre.

Plus loin après avoir raconté une autre expérience, professionnelle celle-ci, douteuse, elle écrit : "Je n'ai pas été 'abîmée' par ma rencontre avec monsieur Hulot. Et j'ai sincèrement peur de l'être beaucoup plus par les réactions que ce genre de dénonciations engendre sur les réseaux sociaux. De plus, je pense que l'on peut changer. On peut être un sale bonhomme à une époque et se rendre compte de sa connerie en vieillissant ou en ayant des enfants. J'ose espérer que la paternité a "appris" à monsieur Hulot qu'il fallait respecter les femmes. Mais s'il semble qu'il a continué à ne pas prendre un "non" pour ce qu'il est, s'il a continué à croire que le corps des femmes est à sa disposition, alors, il faut qu'on lui enseigne que ce n'est pas le cas."

S'adressant à la fille de Nicolas Hulot, elle ajoute: "Je suis sincèrement désolée pour la fille de monsieur Hulot qui va découvrir que son père n'est pas le héros ou l'homme intègre qu'elle était en droit d'espérer mais je suis encore plus désolée pour toutes les femmes qui l'ont appris dans la douleur et à leur corps défendant (c'est le cas de le dire !). Entre elle et elles, j'ai choisi elles. Parce qu'elles, c'est aussi moi. Et ça, j'ai mis très longtemps à m'en rendre compte."

L'épisode de l'hôtel Métropole se rapproche très fort du scénario décrit par l'une des femmes accusant, dans Envoyé spécial, Nicolas Hulot de l'avoir violée. Elle se prénomme Syvlia dans le reportage et elle avait seulement 16 ans au moment des faits qu'elle dénonce.

C'était en 1999, l'animateur d'Ushuaïa était son idole. À l'occasion d'un jeu-concours sur France Inter où il anime une émission, elle entre en contact avec lui. Nicolas Hulot l'invite à venir assister à l'émission. Ils vont ensuite, tous les deux, boire un verre et il se propose de l'accompagner pour la déposer au Trocadéro pour qu'elle puisse prendre son métro. Au moment de se quitter, il lui demande de lui faire un baiser dans le cou, explique-t-elle. Puis il a exhibé son sexe, lui tripote les seins, l'entre-jambe et lui demande une fellation. "Je ne l'ai jamais fait, explique Sylvia. Je me demande si c'est ça une relation amoureuse". "Pour que ça s'arrête, dit-elle, je lui embrasse le bas du ventre. Parce que je sais que je suis coincée."

Si elle parle aujourd'hui, après 30 ans de silence, c'est, explique-t-elle dans Envoyé spécial, pour "me libérer, sortir de cette voiture".

Contactés par les journalistes ayant réalisé l'enquête, tant Nicolas Hulot que ses avocats ont refusé toute interview sur le sujet. Envoyé spécial a donc diffusé le premier et seul entretien téléphonique entre l'ex-animateur et Élise Lucet qui lui explique l'objet de son appel. Mis au courant de la teneur du reportage, Nicolas Hulot se dit anéanti. "Je ne veux même pas me défendre, l'entend-on dire, la parole médiatique est déjà forgée. Quel poids va avoir la mienne dans le contexte actuel. Quand on est innocent comme je le suis, on est piégé. Dans le contexte actuel, la parole des femmes est sacrée. C'est plié d'avance".

Il nie les accusations qui sont portées contre lui, pour des faits prescrits, comme le rappelle Envoyé spécial. Il l'a aussi déclaré mercredi sur l'antenne de BFMTV lorsqu'il a devancé la diffusion de cette enquête le concernant.

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