Les Suisses valident largement le pass Covid, la police sur le qui-vive

Signe des tensions inhabituelles en Suisse, la police a élevé un grillage devant le siège du gouvernement et du parlement à Berne, en prévision de manifestations dans la journée.

Les Suisses valident largement le pass Covid, la police sur le qui-vive
©Ennio Cameriere

En pleine cinquième vague, les Suisses ont approuvé largement dimanche la loi ayant permis de créer le pass Covid, au terme d'une campagne électorale houleuse, faisant craindre à la police de nouvelles manifestations dans la journée.

Selon les premières projections chiffrées de l'institut de sondage gfs.bern, la loi a été acceptée à 63%, avec une marge d'erreur de 3 points.

Ce référendum, qui avait été lancé par les antipass, intervient alors que le nouveau variant Omicron détecté par l'Afrique du Sud et qualifié de "préoccupant" par l'Organisation mondiale de la santé, a replongé la planète en état d'alerte.

Signe des tensions inhabituelles en Suisse, la police a élevé un grillage devant le siège du gouvernement et du parlement à Berne, en prévision de manifestations dans la journée.

La campagne a été marquée par de nombreuses manifestations, parfois interdites et émaillées de violences, mais toutefois loin de scènes d'émeutes comme celles qui se sont déroulées aux Pays-Bas ou aux Antilles françaises.

Mais la montée des tensions en Suisse, un pays réputé pour sa culture du dialogue et du compromis et où des référendums sont organisés plusieurs fois par an dans un climat apaisé, a eu l'effet d'un électrochoc.

Appel à la vaccination

De nombreux politiciens, y compris le ministre de la Santé Alain Berset, qui depuis deux ans en est venu à incarner la lutte contre le Covid dans le pays alpin, ont été menacés de mort et sont désormais placés sous protection policière.

Les Suisses ont également dit oui à 61% à une initiative populaire sur les soins infirmiers qui demande à la Confédération de garantir une "rémunération appropriée" des prestations de soin. Une majorité des cantons doit aussi approuver pour qu'elle passe.

Ces deux votes interviennent alors que la Suisse connaît comme d'autres pays une flambée des infections depuis la mi-octobre.

Mais contrairement à d'autres pays dans le même cas, le gouvernement a refusé pour l'instant de durcir les mesures de lutte au plan national, faisant valoir que l'occupation des lits de soins intensifs par des patients Covid était relativement faible à ce jour (20%).

"La situation est pour l'instant maîtrisée", a déclaré mercredi M. Berset, en conférence de presse, tout en appelant les cantons à prendre des mesures et la population à respecter les mesures sanitaires de base.

Alors que le nouveau variant Omicron se répand, le président de la Confédération Guy Parmelin a toutefois lancé un nouvel appel à la vaccination dans des journaux dominicaux.

Une majorité de la population suisse semble toutefois vouloir des mesures plus fermes. Selon un sondage paru dans le SonntagsBlick, près des deux tiers des personnes interrogées souhaitent que seuls ceux qui sont vaccinés ou guéris puissent vivre sans restriction et un peu plus de la moitié d'entre elles serait pour la vaccination obligatoire.

Avec un taux de personnes entièrement vaccinés d'environ 65%, la Suisse est en retard dans la couverture vaccinale en comparaison avec d'autres pays d'Europe de l'Ouest.

"Apartheid sanitaire"

C'est la deuxième fois en moins de six mois que la population était appelée à voter sur la loi Covid. En juin, les citoyens l'avaient soutenue à 60% des voix lors d'un premier référendum.

Mais la loi ayant été modifiée afin de donner plus de latitude aux autorités pour combattre la pandémie et permettre l'instauration du certificat Covid, les antipass avaient lancé un second référendum.

Le pass crée un "apartheid sanitaire", dénoncent les Amis de la Constitution, un des groupes à l'origine du référendum.

L'ensemble des mouvements politiques, à l'exception de la droite populiste UDC, premier parti du pays, avaient appelé à soutenir la loi.

Le gouvernement avait lui fait valoir que le certificat facilite les voyages et les séjours à l'étranger, permet la tenue de manifestations et est "à la disposition de tous" car les personnes non vaccinées et n'ayant pas eu le virus peuvent se faire tester.