Le pape retourne au chevet des migrants en pleine tempête européenne

Dans un contexte de fortes tensions européennes, le pape François entend braquer à nouveau les regards sur l'accueil des migrants, leitmotiv de son pontificat, lors de son voyage en Méditerranée orientale.

Le pape retourne au chevet des migrants en pleine tempête européenne
©AFP

Des hommes et des femmes utilisés "comme des pions sur un échiquier, victimes de rivalités politiques": lundi, le pontife argentin a de nouveau fustigé la "prévalence des intérêts économiques sur les besoins et la dignité de la personne humaine".

La veille déjà, lors de la dernière prière de l'Angelus avant de s'envoler pour Chypre, François avait exprimé sa "douleur" après la mort de 27 migrants mercredi dans la Manche et ceux bloqués à la frontière bélarusse, tout en rejetant "tout type d'instrumentalisation".

Depuis son élection en 2013, le sujet est devenu l'un des leitmotivs les plus emblématiques de Jorge Bergoglio.

Lui-même issu d'une famille de migrants italiens installés en Argentine, il n'a de cesse de prôner l'accueil des milliers de "frères et soeurs", sans distinguer la religion, ni le statut de réfugié ou d'exilé économique.

Le 5 décembre, il retournera sur l'île grecque de Lesbos, où il avait pris tout le monde par surprise lors de sa première visite en 2016 en ramenant à bord de son avion trois familles musulmanes syriennes dont les maisons avaient été bombardées.

Et il pourrait rééditer ce geste symbolique à Chypre: selon les autorités, des négociations sont en cours avec le Vatican pour organiser le transfert de familles de migrants vers Rome.

Ces prises de position interviennent alors que Paris et Londres se renvoient la balle après le drame de la Manche et que des milliers de personnes se sont massées à la frontière bélarusse pour se rendre dans les pays de l'Est membres de l'UE.

François entend "rappeler de manière forte à toute l'Europe qu'elle a une responsabilité commune, liée aux racines humanistes et chrétiennes du continent", affirme à l'AFP Roberto Zuccolini, porte-parole de la communauté italienne Sant'Egidio qui a mené en coulisse le rapatriement de 4.000 réfugiés en Europe, notamment depuis la Grèce et la Syrie.

"Durcissement"

Outre "l'accumulation de crises", à l'image de l'Afghanistan, "il y a eu entre-temps un échec: l'Europe a été incapable d'apporter une réponse unie" tandis que "certains pays ont voulu ignorer le problème", note M. Zuccolini.

Par ailleurs, "il y a un durcissement de la politique de certains pays, comme l'illustre la situation actuelle de la frontière avec la Pologne, la volonté de construire un mur".

"Il est convaincu que la question des migrants est la plus grande catastrophe humanitaire après la Seconde guerre mondiale. Pour lui, il y a une responsabilité morale des pays: on ne peut pas rester passif face à cette réalité", explique le vaticaniste italien Marco Politi, auteur de "François, la peste et la renaissance".

Malgré la défiance de certains catholiques ou personnalités politiques, le pontife argentin a toujours maintenu son credo, qu'il a lui-même résumé en quatre verbes: "accueillir, protéger, promouvoir, intégrer".

Cette fois, "l'appel de François risque d'avoir moins d'écho car ce n'est plus aujourd'hui le sujet numéro un dans l'opinion publique de Europe de l'Ouest, plus préoccupée par la reprise économique et sociale après la crise du Covid", prévient Marco Politi.

De leur côté, les autorités grecques attendent "une reconnaissance du fardeau que porte la population depuis des années" mais ne veulent pas que "la visite soit réduite à cette seule dimension".

Mardi, 36 ONG d'aide aux migrants, parmi lesquelles Médecins du Monde et la Ligue grecque de défense des droits de l'homme, ont demandé une rencontre avec le pape pour l'informer sur les réfugiés en Grèce où elles dénoncent les conditions de vie dans les camps et la lenteur de procédures d'octroi d'asile.

Si les chiffres des traversées sont nettement inférieurs à ceux de 2015, année où la crise était à son paroxysme, près de 1.600 migrants ont été portés disparus ou sont morts noyés en Méditerranée, selon des statistiques du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) au 21 novembre.