Les violences au meeting de Zemmour interrogent sur l’entrisme de l’ultradroite

Le candidat a déposé plainte suite à son "agression" à son arrivée au meeting.

AFP
Les violences au meeting de Zemmour interrogent sur l’entrisme de l’ultradroite
©AP

Un candidat empoigné au col, des militants de SOS Racisme le visage en sang : le premier meeting de campagne d’Éric Zemmour a commencé dimanche dans la violence et pose avec insistance la question de son rapport aux groupuscules d’ultradroite.

"Il y avait des membres des Zouaves Paris ou d'anciens proches de ce groupe (de l'ultradroite, NdlR) parmi les agresseurs", a affirmé lundi à l'AFP le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, à propos des coups portés à ses militants, venus mener une action se voulant "non violente" pour dire "non au racisme".

Ces incidents ainsi que l’empoignade du candidat par un individu avant son entrée en scène ont conduit à l’ouverture d’une enquête pour "faits de violences", a annoncé le parquet de Bobigny lundi.

Éric Zemmour a fait état d’une blessure au poignet et déposé plainte, selon son équipe. Le présumé agresseur avait été interpellé. SOS Racisme a, elle, indiqué que cinq personnes avaient été blessées, dont deux prises en charge par les pompiers.

Zouaves

S'il est impossible de déterminer précisément les faits, une journaliste de l'AFP a vu une cinquantaine de personnes identifiées par les forces de l'ordre comme appartenant aux Zouaves qui ont pris la pose à la sortie du meeting pour une photo, en scandant : "on est chez nous".

D’anciens membres du groupe dissous Génération identitaire ont également posté des messages sur Instagram attestant de leur présence au meeting, en estimant qu’il ne fallait "jamais s’excuser".

Ces "perturbateurs d'ultradroite" étaient "régulièrement inscrits. Nous n'avons pas les compétences d'un service de renseignement pour savoir qui ils sont", souligne Albéric Dumont, le responsable de la sécurité des meetings d'Éric Zemmour.

"Il faut arrêter avec le mythe visant à faire croire que ce sont des partisans d'Éric Zemmour. Ils sont venus pour en découdre", dénonce-t-il, en évoquant 44 personnes "d'ultragauche et d'ultra-droite" exfiltrées du meeting pour des "violences" ou des "délits".

Éric Zemmour n'a pas commenté les incidents mais retweeté lundi Eric Ciotti, candidat défait de LR, qui a jugé "inacceptable" l'agression du candidat.

"Ce qu'on peut dire c'est qu'il y avait des groupes de militants plus à droite que le RN et que ça s'est fini avec des faits de violence", résume Marion Jacquet-Vaillant, docteure en sciences politiques, spécialiste des identitaires. Les Zouaves est un groupe "à la mode hooligan" qui réunit depuis 2018 "des gens qui viennent d'autres groupes plus constitués, pour des actions violentes et rapides", explique-t-elle.

La question de l’entrisme de militants radicaux s’était déjà posée quand des membres du groupuscule Les Vilains Fachos (LVF), visés par une enquête pour menaces de mort et provocation à la haine ou à la violence, avaient affirmé au site Arrêt sur images (ASI) être présents à l’inauguration fin octobre du QG d’Éric Zemmour, photo et enregistrement à l’appui.

Éric Zemmour avait assuré "ne pas les connaître".

Pour l'historien Nicolas Lebourg, c'est un retour au Front national d'avant 1999, avec "la violence" mais aussi "le compromis nationaliste", soit l'accueil de "toutes les tendances de l'extrême droite", du souverainiste Paul-Marie Couteaux jusqu'aux Zouaves et aux monarchistes de l'Action française, qui distribuaient leurs journaux à l'entrée du meeting.

Le député LR Pierre-Henri Dumont a dénoncé "une bande d'amateurs. Dans aucun meeting, quand c'est bien organisé, ça se passe comme ça".

De quoi perturber les militants d'Éric Zemmour. Au retour du meeting, trois jeunes partisans se sont inquiétés du préjudice que ces violences pourraient porter à la campagne. "Ça va donner des arguments à nos opposants, il faut que ce soit plus encadré la prochaine fois", a affirmé l'un d'eux.

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