Navalny reçoit le prix Sakharov, sa fille dénonce les "demi-mesures" de l'Europe face à Poutine: "Vouloir apaiser un dictateur n'est pas une approche pragmatique"

Daria Navalnaya, la fille de l'opposant russe et militant anti-corruption incarcéré par Moscou Alexeï Navalny, a dénoncé mercredi le pragmatisme de l'Europe et de l'Occident vis-à-vis du président russe Vladimir Poutine, y voyant "cynisme, hypocrisie et corruption", au moment de recevoir pour son père le Prix Sakharov 2021 du Parlement européen.

Belga

"Le fait que des banques européennes blanchissent librement les milliards corrompus de Poutine et de ses amis, que les yachts de Poutine et de ses oligarques continuent de faire sensation sur les côtes européennes de la Méditerranée, ou que 99% des hauts fonctionnaires de Russie ou du Bélarus impliqués dans de la criminalité peuvent toujours voyager librement en Europe, tout comme leur famille, tout cela est le signe évident que les décideurs ne cherchent même pas à remporter ne fût-ce qu'une petite bataille dans cette guerre", a déclaré l'étudiante de 20 ans, devant les eurodéputés qui l'ont longuement applaudie.

Daria Navalnaya a dénoncé les "demi-mesures" de l'Europe et de l'Occident face au président russe. "Vouloir apaiser un dictateur, sans cesse, afin de ne pas l'irriter, ignorer ses crimes aussi longtemps que possible, n'est pas une approche pragmatique du tout. Sous ce mot de pragmatisme, il y a le cynisme, l'hypocrisie et la corruption", a-t-elle ajouté.

La jeune femme a fait part de sa conviction dans le projet européen, pour ses idées et ses principes, "et je crois qu'un jour, mon pays en fera partie".

Ces dernières années, le prix Sakharov du Parlement européen s'est particulièrement focalisé sur l'espace post-soviétique, récompensant notamment l'opposition démocratique au Bélarus (2020), et le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov (2018).

En réponse à la tentative d'empoisonnement d'Alexeï Navalny l'an dernier, l'Union européenne a adopté des sanctions en matière d'armes chimiques à l'encontre de hauts fonctionnaires russes, ainsi que des sanctions en matière de droits de l'homme pour son arrestation et la répression des manifestations qui ont suivi, mais trop peu aux yeux des partisans de Navalny.

Dans le nouveau bras de fer que met en place Vladimir Poutine en amassant des troupes et matériels militaires à la frontière avec l'Ukraine, l'UE, comme les États-Unis, ont déjà averti qu'ils n'hésiteraient pas à prendre de nouvelles et lourdes sanctions contre Moscou si le régime passait à l'acte. Mais pour le moment, "nous en sommes à l'étape de la prévention et de la dissuasion, afin d'éviter que la crise ne s'aggrave et atteigne le niveau du conflit militaire", a répété mardi le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, devant le Parlement européen.

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