Pour Kiev, Poutine veut "détruire l'Ukraine" mais n'y parviendra pas

Le président russe Vladimir "Poutine veut détruire l'Ukraine" et "rétablir l'URSS", dénonce auprès de l'AFP le secrétaire du Conseil de sécurité national ukrainien en plein pic de tensions avec Moscou, assurant que ce projet est voué à l'échec.

Pour Kiev, Poutine veut "détruire l'Ukraine" mais n'y parviendra pas
©AFP

Depuis plus d'un mois, l'Occident accuse la Russie d'avoir massé environ 100.000 soldats à la frontière ukrainienne en vue d'une intervention militaire et multiplie les avertissements au Kremlin, qui nie toute intention belliqueuse.

"Pour nous, la menace existe chaque jour, peu importe le nombre de troupes" déployées par Moscou, a expliqué Oleksiy Danilov, 59 ans, secrétaire du Conseil de sécurité ukrainien, lors d'un entretien dans son bureau.

M. Poutine ne parviendra pas à ses fins car "en cas d'offensive russe, toute la société, militaires et civils (...) opposera une résistance", a estimé M. Danilov. "Nous allons protéger notre pays. Point final."

Le président russe, lui, ne cesse depuis des années de mettre en doute l'existence d'une nation ukrainienne. Il a notamment déclaré jeudi que l'Ukraine avait été "créée" par Lénine dans les années 1920.

M. Danilov a cependant minimisé le risque d'une escalade imminente, précisant que, selon les estimations de Kiev, le nombre de soldats russes autour de l'Ukraine n'avait que légèrement augmenté, de 93.000 en octobre à environ 104.000 actuellement.

"Nous ne voyons pas d'accumulation critique", a noté M. Danilov.

"Déstabilisation"

Selon lui, le Kremlin cherche avant tout à "déstabiliser" l'Ukraine de l'intérieur grâce à des "cyberattaques" et une "crise énergétique" alors que ce pays, un des plus pauvres d'Europe, manque de charbon et de gaz et risque d'être confronté à de graves coupures d'électricité cet hiver.

Si ce scénario échoue, le pouvoir russe va "utiliser d'autres moyens, y compris militaires", a estimé M. Danilov. "Ils veulent segmenter notre pays pour qu'il n'existe plus dans ses frontières actuelles."

Les deux pays sont à couteaux tirés depuis l'annexion par Moscou de la péninsule de Crimée en 2014, suivie d'une guerre dans l'est de l'Ukraine avec des séparatistes prorusses. Le Kremlin, malgré ses dénégations, est considéré comme le grand soutien militaire et politique des rebelles.

Ce conflit, dont le règlement politique est au point mort, a fait plus de 13.000 morts et environ 1,5 million de déplacés en Ukraine, un pays de 40 millions d'habitants situé aux portes de l'Union européenne.

Moscou accuse Kiev de préparer une offensive militaire pour reprendre les territoires séparatistes, mais les autorités ukrainiennes l'excluent fermement.

"Nous ne pouvons pas" recourir à la force car cela entraînerait "un très grand nombre de victimes" civiles, a relevé M. Danilov, ex-maire de la ville de Lougansk, aujourd'hui aux mains des séparatistes.

"On voudrait qu'il y ait des négociations et que les Russes retirent leurs militaires, leurs chars et rentrent chez eux. Mais Poutine ne le veut pas."

Plus d'armes

En revanche, en cas d'escalade avec Moscou, "des millions de réfugiés" vont se ruer "vers l'Europe", a prévenu le haut fonctionnaire ukrainien.

Alors que les Occidentaux ont menacé Moscou de nouvelles mesures punitives en cas d'attaque, Kiev réclame de son côté des sanctions préventives et plus d'armes.

"Nous fournir des armes pour qu'on se défende est la question numéro un. Pas des promesses et des sanctions éphémères", a tonné M. Danilov. "Quand notre pays sera détruit, contre qui allez-vous imposer des sanctions ?"

Le responsable a mis en garde les Occidentaux contre tout arrangement avec le Kremlin à l'approche des négociations, en janvier, entre Moscou et Washington sur des exigences sécuritaires du Kremlin, qui demande notamment que Kiev ne rejoigne jamais l'Otan.

D'après M. Danilov, les Ukrainiens n'accepteront jamais des accords conclus "derrière le dos". "Nous ne sommes pas la Russie", souligne-t-il. "De soi-disant grands dirigeants ne peuvent nous faire plier et décider à notre place."