La cancel culture est une "dangereuse pensée unique" affirme le pape François

Il s'agit d'une "forme de colonisation idéologique qui ne laisse pas de place à la liberté d'expression", a-t-il poursuivi devant 183 ambassadeurs.

La cancel culture est une "dangereuse pensée unique" affirme le pape François
©AFP

Chaque année, le pape adresse ses vœux aux 183 ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège. Ce discours, attendu, permet de distinguer les priorités du Vatican qui demeure une place forte de la diplomatie mondiale: tout le monde s'y croise, alors que Rome reste très informée, via ses nombreux relais sur le terrain, de ce qui se trame à travers le globe.

Sans surprise, le pape a insisté tout au long de son discours sur le maintien de la paix, les questions écologiques, l'accueil des migrants ou l'accès universel au vaccin. Autant de dossiers, a-t-il souligné, qui imposent une coordination internationale.

"Il est donc inquiétant de constater que face à une plus grande interconnexion des problèmes, les solutions sont de plus en plus fragmentées, a regretté François. On rencontre souvent un manque de volonté d'ouvrir des fenêtres de dialogue et de fraternité, ce qui finit par alimenter de nouvelles tensions et divisions, ainsi qu'un sentiment général d'incertitude et d'instabilité. Au contraire, il convient de retrouver le sens de notre identité commune en tant qu'unique famille humaine. Toute autre alternative ne serait qu'un isolement croissant, marqué de verrouillages et de fermetures réciproques qui saperaient encore davantage le multilatéralisme."

De plus, a poursuivi le pape, "la diplomatie multilatérale traverse depuis quelque temps une crise de confiance, due à la baisse de crédibilité des systèmes sociaux, gouvernementaux et intergouvernementaux". Sa faiblesse "est également dû[e] à la vision différente qu'ont les différents membres des objectifs qu'ils devraient se fixer". À cet égard, le pape s'inquiète de la montée de la "cancel culture", courant de pensée qui entend notamment supprimer certaines références historiques au nom du respect des minorités et qui mine l'universalisme.

"On efface le sens de toute identité"

"Il n'est pas rare, a donc regretté le pape, que le centre d'intérêt [des institutions internationales] se déplace vers des questions qui, par nature, sont clivantes et ne sont pas strictement liées à l'objectif de l'organisation, avec en conséquence des agendas de plus en plus dictés par un mode de pensée qui nie les fondements naturels de l'humanité et les racines culturelles qui constituent l'identité de nombreux peuples. Comme j'ai eu l'occasion de le dire en d'autres occasions, je crois qu'il s'agit d'une forme de colonisation idéologique qui ne laisse pas de place à la liberté d'expression et qui, aujourd'hui, prend de plus en plus la forme de la cancel culture qui envahit de nombreux domaines et institutions publiques. Au nom de la protection de la diversité, on finit par effacer le sens de toute identité, avec le risque de faire taire les positions qui défendent une idée respectueuse et équilibrée des différentes sensibilités. On assiste à l'élaboration d'une pensée unique – dangereuse – contrainte de nier l'histoire, ou pire encore, à la réécrire sur la base de catégories contemporaines, alors que toute situation historique doit être interprétée selon l'herméneutique de l'époque et non selon l'herméneutique actuelle."

Au contraire, a conclu François, la diplomatie multilatérale est appelée "à être véritablement inclusive, non pas en effaçant mais en valorisant les diversités et les sensibilités historiques qui distinguent les différents peuples. Elle regagnera ainsi en crédibilité et en efficacité pour relever les défis à venir qui demandent à l'humanité de se rassembler comme une grande famille qui, tout en partant de points de vue différents, doit être capable de trouver des solutions communes pour le bien de tous. Cela suppose une confiance réciproque et une disponibilité au dialogue [qui]est le chemin le plus adéquat pour parvenir à reconnaître ce qui doit toujours être affirmé et respecté, au-delà du consensus de circonstance."