Les députés français ciblés par des agressions violentes

Après la "lapidation" d’un député macroniste à Saint-Pierre-et-Miquelon, la classe politique s’indigne.

Les députés français ciblés par des agressions violentes
©AFP
Sébastien Gobert avec AFP

Tous les patrons des groupes politiques à l'Assemblée nationale sont arrivés ensemble mardi dans l'hémicycle derrière Richard Ferrand pour dénoncer à l'unisson la "montée de la haine" à l'encontre des élus, sur fond de recrudescence des violences visant les députés en lien avec la politique sanitaire.

"Ce sont les principes de la démocratie et de la République qui sont en cause", a lancé le président (LREM) de l'Assemblée au démarrage des questions au gouvernement. "Il est indispensable que tous les moyens de l'État soient mobilisés pour assurer la sécurité de tous les candidats (à la présidentielle) comme de l'ensemble des représentants de la Nation", a-t-il plaidé, sous les applaudissements de l'hémicycle.

Recrudescence des violences

La nouvelle agression qui provoque ce cri d'alarme, c'est celle de Stéphane Claireaux qui a été visé, dimanche 9 janvier, par des projectiles devant son domicile de Saint-Pierre-et-Miquelon, lancés par des manifestants contre le pass sanitaire. Une attaque qui selon lui "ressemblait à une lapidation". L'élu a porté plainte. Pendant la trêve de Noël, l'incendie du garage personnel du député LREM de l'Oise Pascal Bois à Chambly avait déjà suscité une forte émotion.

Les violences contre les députés sont en recrudescence. Selon un bilan du ministre de l’Intérieur, 1 186 élus ont été pris pour cible dans les onze premiers mois de 2021, dont 162 parlementaires et 605 maires ou adjoints victimes d’agressions physiques. Depuis le seul début de l’année 2022, 60 élus ont été menacés.

Une des raisons principales tient au soutien des députés à la politique sanitaire du gouvernement. Mardi, le projet de loi sur le pass vaccinal a d’ailleurs été étudié avec une forte prudence par le Sénat. La Haute assemblée devait voter le texte en première lecture après y avoir apporté des amendements significatifs, notamment une clause d’extinction.

En déplacement à Nice, Emmanuel Macron a dénoncé une agression "inacceptable" et "intolérable", déplorant "l'intensification des violences" contre les élus. Lui-même est néanmoins pointé du doigt pour ses phrases assassines qui enflamment régulièrement l'opinion publique, la vindicte populaire retombant par ruissellement sur les représentants de la classe politique, en premier lieu sur les élus de la majorité présidentielle.

"Aucun débat démocratique sous la menace"

En 2019, les présidents des groupes de l'Assemblée avaient déjà marqué leur "unité" par une entrée commune dans l'hémicycle, derrière Richard Ferrand, sur fond de violences commises dans le sillage de la crise des "gilets jaunes". Avec l'agression de Stéphane Claireaux cependant, "un cap a été franchi", a abondé la présidente LREM de la commission des Lois de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet qui, sur RTL, a admis avoir peur face à la recrudescence de ces faits : "Souvent on s'en prend à nos permanences, là on commence à s'en prendre à nos domiciles privés."

Les neuf groupes politiques de l'Assemblée ont parallèlement signé une tribune publiée sur le site du Huffington Post pour "mettre fin à l'indifférence face à la montée de la haine".

"Quand on en vient à agresser, du fait de leurs opinions ou de leurs votes, les représentants du peuple, à leur domicile ou par des menaces de mort, c'est le cœur de la démocratie qui est attaqué. Le jour où la violence dominera le débat public, la République sera morte et notre démocratie en sera la première victime", affirment les présidents des groupes LR, Agir, LREM, Gauche démocrate et républicaine, UDI, Modem, Libertés et Territoires, LFI et PS.

"Aucun débat démocratique ne peut se dérouler sous la menace", ajoutent-ils dans cette tribune.

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