Grève contre la gestion de l'épidémie dans l'éducation nationale en France à trois mois de la présidentielle : "C'est infernal ce qu'on nous demande"

Les enseignants de France, exaspérés par la gestion gouvernementale de l'épidémie de Covid-19 à l'école, sont appelés à une grève jeudi, qui s'annonce très suivie et pourrait fragiliser le président Macron à trois mois de l'élection présidentielle.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, dans le collimateur des grévistes
Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, dans le collimateur des grévistes ©AFP
AFP

L'ensemble des syndicats enseignants ont appelé à la grève dans les écoles, collèges et lycées. Soutenue par nombre de parents et de chefs d'établissements ne sachant plus où donner de la tête en raison des changements de protocoles sanitaires répétés à l'école, la grève pourrait entraîner la fermeture de la moitié des écoles du pays.

Les syndicats dénoncent "une pagaille indescriptible" dans les établissements scolaires en raison de la cinquième vague épidémique et des protocoles sanitaires qu'elle implique. Le gouvernement se félicite, lui, que la France soit l'un des pays qui a le moins fermé les écoles pendant la pandémie, malgré les difficultés.

"Le gouvernement annonce des choses, mais on ne réfléchit pas à ce que cela signifie pour le personnel sur le terrain: c'est infernal ce qu'on nous demande et donc ça part à vau-l'eau", témoignait cette semaine Olivier Flipo, directeur d'une école de la région parisienne.

Depuis le retour en classe après les fêtes de Noël, les écoles vivent au rythme d'un nouveau protocole sanitaire. Les élèves sont désormais soumis à trois tests en quatre jours s'il y a un positif dans la classe: un antigénique ou PCR le jour de l'annonce du cas Covid, avec attestation à donner à l'école, puis des autotests à faire à la maison à J+2 et J+4. Un dispositif compliqué, alors que les cas se multiplient et entraînent la fermeture de milliers de classes parmi les 527.000 que compte la France.

Dans le collimateur des grévistes, le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, accusé de "mépris" et d'"autoritarisme" envers le personnel enseignant, notamment pour avoir annoncé la veille de la rentrée scolaire et via la presse le protocole sanitaire qui s'appliquerait après les vacances de Noël. Depuis, le protocole a changé plusieurs fois. M. Blanquer a de plus exaspéré les enseignants en assénant qu'"on ne fait pas une grève contre un virus" et plusieurs figures de l'opposition de gauche ont réclamé sa démission.

Le ministre de l'Éducation, 57 ans, qui a battu un record de longévité à ce poste difficile, a longtemps été considéré comme un maillon fort de la majorité présidentielle. Mais il est désormais très fragilisé, et le gouvernement l'a mollement soutenu ces derniers jours. Il s'est même fait recadrer par le président Emmanuel Macron qui a réclamé "plus d'anticipation" et une meilleure communication avec les écoles en amont.

Le mouvement tombe mal pour le président quasi candidat et toujours favori des sondages, à trois mois du premier tour de la présidentielle. Les oppositions s'en sont donné à coeur joie ces derniers jours, la candidate de droite Valérie Pécresse fustigeant "un désordre et un chaos généralisé dans l'école", celle d'extrême droite Marine Le Pen accusant le gouvernement de "pourrir l'existence" des Français. À gauche, le Parti socialiste, le candidat écologiste Yannick Jadot et la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, ont réclamé la démission de M. Blanquer.