"Notre réputation à l'étranger a décliné en raison de notre conduite": Boris Johnson tancé vertement par son prédécesseur John Major

L'ancien Premier ministre britannique John Major a lancé une charge virulente jeudi contre Boris Johnson, qu'il accuse d'avoir agi dans l'illégalité, tandis que que l'enquête de police sur les fêtes organisées à Downing Street pendant le confinement avance.

"Notre réputation à l'étranger a décliné en raison de notre conduite": Boris Johnson tancé vertement par son prédécesseur John Major
©AP

Popularité en berne, appels à la démission jusque dans son camp conservateur et maintenant cette attaque frontale de l'ex-chef de gouvernement tory : Boris Johnson voit sa survie politique menacée par les révélations sur ces rassemblements à répétition qui se sont déroulés au moment où les Britanniques étaient soumis à de strictes restrictions.

"Le Premier ministre et des responsables ont enfreint la loi. Des excuses éhontées ont été inventées. Jour après jour, on a demandé au public de croire à l'invraisemblable. Des ministres ont été envoyés défendre l'indéfendable, passant ce faisant pour des crédules ou des idiots", a déclaré John Major dans un discours devant le groupe de réflexion Institute for Government.

"Trop souvent, les ministres se sont montrés évasifs et la vérité a semblé optionnelle", a ajouté l'ancien dirigeant conservateur (1990-1997).

Les conséquences sont dommageables, bien au-delà de "l'impopularité politique". La réputation du Royaume-Uni sur la scène internationale en a pris un coup, a déploré M. Major.

C'est "manifestement faux", a répliqué Boris Johnson de Varsovie, dans la foulée d'un déplacement à Bruxelles, mettant en avant ses efforts diplomatiques dans la crise ukrainienne.

M. Major s'est toujours montré très critique envers Boris Johnson, en premier lieu sur le Brexit.

"Notre réputation à l'étranger a décliné en raison de notre conduite. Nous affaiblissons notre influence dans le monde", a également regretté John Major, prévenant que "la confiance internationale n'est peut-être pas facile à regagner".

Excluant toute démission, que réclament l'opposition et certains députés conservateurs, Boris Johnson lutte pour sauvegarder son poste depuis plusieurs semaines, affaibli par la succession de révélations sur ces événements parfois festifs dans les lieux de pouvoir pendant la pandémie.

Son mea culpa au Parlement et ses promesses de changement à Downing Street n'ont pas calmé le jeu. La presse a publié mercredi une nouvelle photo montrant le Premier ministre à l'un de ces rassemblements.

Questionnaires

Après publication d'un pré-rapport interne épinglant des "erreurs de leadership et de jugement", son sort reste suspendu aux conclusions de l'enquête de police. Si elles l'accablaient, le seuil des 54 députés conservateurs requis pour déclencher un vote de défiance pourrait rapidement être atteint.

"Cela a toujours été le cas" qu'un Premier ministre doive démissionner s'il s'avère qu'il a délibérément menti au Parlement, a lancé John Major.

Le porte-parole de Boris Johnson a relativisé ces propos. "Le public veut juger les gouvernements sur la base de ce qu'ils mettent en oeuvre pour eux, ce qui change et améliore leurs vies. C'est sur quoi (Boris Johnson) se concentre", a-t-il dit.

D'abord critiquée pour son attentisme dans cette affaire, la police londonienne a annoncé qu'elle allait interroger par questionnaire, d'ici à la fin de la semaine, plus de cinquante personnes qui auraient pris part à l'un des douze événements, répartis sur huit dates en 2020 et 2021, visés par l'enquête de police. Elles sont passibles d'une amende.

Dans un communiqué, Scotland Yard a souligné que les questionnaires avaient un "statut légal" et devaient être complétés "avec sincérité" dans les sept jours.

Selon le porte-parole du Premier ministre, celui-ci n'a pas été contacté "à ce stade".

Boris Johnson a quant à lui déclaré qu'il aurait "plein de choses à dire quand le processus sera terminé".

La police a aussi fait savoir qu'elle examinait l'opportunité d'inclure un autre événement à sa liste : un quiz en ligne le 15 décembre 2020, après la nouvelle photo parue dans le Daily Mirror, qui y montre Boris Johnson flanqué de deux collaborateurs, dont l'un a une guirlande autour du cou, avec une bouteille de mousseux ouverte sur la table.

Le Parti travailliste (opposition) a également demandé à la police de se pencher sur une autre affaire, celle de la rénovation coûteuse de l'appartement de fonction de Downing Street, pour partie financée par un donateur du Parti conservateur.

Le Labour estime qu'il y a "un soupçon raisonnable" que Boris Johnson ait contrevenu aux lois anticorruption, des "allégations catégoriquement infondées", selon Downing Street.