"Je ne l'ai jamais entendu adopter un ton aussi noir et agressif" : l'annonce de Poutine, un tournant historique dans les relations Russie-Ukraine?

Ce mardi matin, Maxime Binet recevait Nicolas Gosset, chercheur au Centre d'études de Sécurité et Défense.

En moins de 24h, les tensions entre l'Ukraine et la Russie se sont accrues de manière significative. Alors qu'une proposition de paix restait encore envisageable, la Russie annonçait ce lundi l'indépendance des séparatistes prorusses d'Ukraine. Dans la foulée, Vladimir Poutine signait des accords "d'amitié et d'entraide" avec ces territoires.

Comment la situation a-t-elle pu s'enliser aussi rapidement ? "Vladimir Poutine a joué l'une de ses cartes maîtresses de manière anticipée, démarre l'expert, car il ne croyait plus en la possibilité de faire avancer les accords de Minsk dans un sens qui était favorable à la Russie."


Contrairement aux envies séparatistes de Poutine, l'Occident a affiché une certaine unité lors du Conseil de Sécurité de l'ONU ce lundi soir. Par conséquent, le chef d'Etat russe va probablement faire face à des sanctions dans les prochaines 24 heures. "En jouant dans la zone grise définie par l'Occident, Vladimir Poutine prend avantage de la situation pour envahir et minimiser l'ampleur des sanctions qui vont être données à la Russie", explique toutefois Nicolas Gosset.

Ceci étant dit, la solution diplomatique au niveau supérieur, entre Russie et Etats-Unis, n'est pas encore totalement exclue. Moscou a d'ailleurs confirmé ce mardi matin être toujours "prête" à une discussion avec le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken. Même s'il faut reconnaître que l'occupation militaire ouverte de la Russie du côté du Donbass penchera dans la balance.

Lors de l'annonce de Vladimir Poutine, ce lundi soir, son ton était sévère et plus noir qu'à son habitude. "Je n'ai jamais entendu Vladimir Poutine adopter un ton aussi noir et agressif. Il faut quand même réaliser que lors de ce discours, où il a commencé par une longue introduction historique, Vladimir Poutine a nié l'existence même de la nation ukrainienne. Non seulement en tant qu'Etat mais également en tant que nation !", a déclaré le chercheur.

Ce discours d'une froideur remarquable constitue selon Nicolas Gosset un véritable tournant dans l'histoire des deux pays. "J'ai ressenti une véritable dissonance, entre l'objectif de la reconnaissance du Donbass et cette diatribe très lourde sur la nation ukrainienne, annonçant quelque chose de beaucoup plus préoccupant sur le rapport entre les deux pays."

Il y a deux jours, Boris Johnson annonçait que la Russie préparait la plus grande guerre en Europe depuis 1945. Selon l'invité du jour, ces propos reflètent une vérité flagrante. "Ce qui est certain c'est que ce conflit a démontré une chose importante : l'ordre sécuritaire européen est profondément remis en cause."


En 2008, la Russie avait déjà semé le trouble en Géorgie. Pour l'expert, le scénario se répète aujourd'hui. "On se rend compte que le scénario qui se produit actuellement dans le Donbass, c'est un bis repetita amplifié de ce qu'il s'est passé en 2008."