L’armée russe aux portes de Kiev

Plus de 50 000 Ukrainiens ont fui leur pays en moins de 48 heures, depuis le début de l’invasion russe, a affirmé vendredi l’Onu.

Ch. Ly. (avec AFP)
L’armée russe aux portes de Kiev
©AFP

"Aujourd'hui, nous comprenons l'objectif fondamental de la Russie : assiéger Kiev, liquider le gouvernement et le président de l'Ukraine en personne." Vendredi, la présidence ukrainienne se rendait à l'évidence et se préparait au pire alors que des éléments avancés de l'armée russe étaient entrés dans le quartier résidentiel d'Obolon au nord de la capitale.

"Des saboteurs et des éléments de reconnaissance", selon le ministère ukrainien de la Défense, ont été neutralisés, mais l'essentiel des forces russes continuait à pousser plus au nord et n'était plus loin des portes de Kiev. "Nous demandons aux citoyens de nous informer des mouvements ennemis, faites des cocktails Molotov, neutralisez l'occupant !" a lancé dans un message le ministère ukrainien de la Défense aux habitants de la ville.

L’armée russe a utilisé le territoire biélorusse pour cingler vers Kiev, qui n’est qu’à une centaine de kilomètres de la frontière. Elle avance par deux routes, au nord-ouest (en passant par la zone d’exclusion de Tchernobyl) et au nord-est. Entre ces deux routes coule le fleuve Dniepr, qui prend sa source en Russie centrale, traverse la capitale et continue sa course vers la mer Noire.

Dans la matinée, les forces ukrainiennes ont confirmé l’arrivée de blindés russes dans deux localités, Dymer et Ivankiv, au nord-ouest, respectivement à 45 et 80 km de Kiev. Des blindés poussent également de l’autre côté du fleuve.

Toujours au nord-ouest, les parachutistes ont pris le contrôle de Hostomel et de son aéroport international de fret, d’où décolle le fameux Antonov "Mriya", l’avion le plus lourd du monde. Plus de 200 soldats ukrainiens auraient été tués dans l’opération, l’armée ukrainienne évoquant de lourdes pertes du côté russe.

Selon le Pentagone, outre cette Blitzkrieg (percée) vers Kiev, l’armée russe avance également au sud depuis la Crimée jusqu’à la ville de Kherson, et à l’est depuis la ville russe de Belgorod. L’ouest du pays est épargné par les avancées terrestres russes, donnant à la population la possibilité de fuir vers la Pologne, où des dizaines de milliers de réfugiés affluent.

Les bombardements se poursuivent dans le reste du pays, l’armée russe utilisant des missiles et des avions. Les tirs, présentés comme très ciblés par la Russie, touchent également des habitations civiles. Deux missiles russes se sont ainsi abattus vendredi matin sur un immeuble de la rue Kosice à Kiev, faisant huit blessés.

À Kiev, ville d'au moins trois millions d'habitants, une partie de la population a fui vers l'ouest ou se terre dans les abris, au rythme des alertes. Des hommes en armes et des blindés sont postés aux carrefours proches des immeubles gouvernementaux. Les autorités assurent que les routes et autoroutes principales "fonctionnent normalement" même "s'il y a des bouchons dans certaines directions". Les trains roulent. L'eau, l'électricité et les télécommunications sont assurées, mais le carburant commence à manquer dans les stations-service.

Le président Volodymyr Zelensky a décrété la mobilisation générale et le rappel des réservistes de 18 à 60 ans dans toutes les régions ukrainiennes, soit environ 900 000 personnes. Reste à savoir si ces forces de réserve sont suffisamment équipées et entraînées pour pouvoir jouer un rôle opérationnel efficace, en appui des 190 000 militaires ukrainiens.

Le ministère de la Défense ukrainien publie également un décompte des pertes de l'ennemi, évoquant la mort de 2800 soldats russes, la neutralisation de 80 tanks, dix avions et sept hélicoptères. Mais ces chiffres sont invérifiables. En qualifiant l'administration du président Zelensky de "drogués et de néonazis", le président Poutine a appelé vendredi l'armée ukrainienne à renverser le gouvernement, mais celle-ci semble lui rester fidèle, alors que l'intervention en Crimée en 2014 avait vu des soldats ukrainiens faire défection.

"Grave erreur stratégique", selon l’Otan

Réunis en sommet virtuel vendredi après-midi, les chefs d'État et de gouvernement des trente pays alliés de l'Otan ont donné le feu vert pour augmenter la défense de la partie orientale de l'Alliance. Ils ont aussi promis de poursuivre leur "soutien politique et pratique" à l'Ukraine. "La décision du président Poutine d'attaquer l'Ukraine est une très grave erreur stratégique, dont la Russie paiera le prix fort, économiquement comme politiquement, pendant des années", affirment les dirigeants dans un communiqué.