"L'Ukraine offre une meilleure résistance que ce que les Russes avaient imaginé" : nos experts débriefent la deuxième nuit de combat

Nicolas Gosset, chercheur au Centre d'études de sécurité et défense (IRSD) était l'invité de l'émission "Il faut qu'on parle" ce vendredi matin sur les ondes de DH Radio. A ses côtés, Sébastien Gobert, responsable du service international de La Libre Belgique.

A.M

"L'invasion n'a fait que commencer hier", explique d'emblée Nicolas Gosset, expert de la Russie. Il juge que les cibles actuelles des Russes ne sont pas encore très claires mais estime que les combats vont s'intensifier. "Le gouvernement ukrainien communique sur des cibles à la fois militaires et civiles. Il semble qu'il y ait eu des dommages collatéraux. Je ne suis pas en mesure de détailler les dégâts précis mais il est évident que Kiev va connaitre dans les heures ou les jours qui viennent une intensification de la présence des troupes russes car ces derniers se rapprochent considérablement de la capitale", indique Nicolas Gosset.

Pour Sébastien Gobert, en intensifiant de la sorte les présences militaires en Ukraine, plusieurs scénarios de la part de la Russie sont envisageables. "Soit il cherche à annexer complètement l'Ukraine, ce qui paraît toutefois irréalisable. Mais, d'un autre côté, cette invasion paraissait, elle aussi, irréalisable il y a quelques jours encore. Le deuxième scénario possible serait de déposer le président Zelensky et mettre un gouvernement marionnette à la solde du Kremlin à la place. Cela paraît également difficile à réaliser car il faudrait créer les conditions pour que ce gouvernement puisse tenir sur la durée et puisse être admis par la population. Le dernier scénario serait de neutraliser l'Ukraine en détruisant des infrastructures militaires et ainsi obtenir une sorte de Finlandisation."

Alors que le Président Zelensky a indiqué ce vendredi matin qu'il ne se sentait pas aidé par les autres nations, nos experts estiment que l'armée ukrainienne peut offrir une belle résistance face à son voisin russe. "Ils ont déjà plusieurs succès dans le nord et dans l'est et ils ont réussi à reprendre l'aérodrome durant la nuit. On ne sait pas combien de temps l'armée va tenir car le rapport de force est défavorable mais à l'heure actuelle le président Zelensky lutte pour préserver la survie de son Etat", expose Sébastien Gobert.

Un avis rejoint par le chercheur de l'IRSD qui pense que les forces ukrainiennes ont été sous-estimées par les Russes."Il y a une résistance armée, pas seulement au niveau des brigades territoriales volontaires de défense du territoire. Au moment présent, visiblement, l'armée ukrainienne offre une belle résistance. Une plus grande que ce qui était imaginé initialement dans les plans russes", estime Nicolas Gosset.

Le scénario n'est pas le même que lors de la guerre de Géorgie en août 2008, confesse l'expert. "Là nous avions eu affaire à une guerre éclair d'un mois avec la Russie qui, passant par les voies maritimes et par le tunnel du nord du Caucase, avait réussi à surprendre. Ici la Russie tombe face à un pays d'une tout autre nature que ne l'est la Géorgie. L'Ukraine étant bien plus grande et bien plus peuplée."

L'effet de surprise des Russes n'est également pas si grand, selon Nicolas Gosset qui estime que la guerre de Géorgie a servi d'exemple à l'Ukraine."Même si nous n'imaginions pas le scénario de l'invasion tel que nous ne le connaissons aujourd'hui comme le plus vraisemblable, il y a eu une préparation de la part des Ukrainiens qui ont, avec les services secrets américains et plusieurs pays européens, imaginé plusieurs scénarios. Toute une forme de préparation à l'invasion s'est alors mise en place."