Guerre en Ukraine: comment les images postées en ligne par les citoyens mettent en danger les troupes ukrainiennes

Sur les réseaux sociaux circulent des milliers de vidéos de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, de l'avancée des soldats ou encore de la mobilisation des troupes ukrainiennes. Mais sans que leurs auteurs s'en rendent compte, toutes ces images peuvent devenir des sources d'informations importantes, autant pour les forces ukrainiennes que russes.

Ad.R.
Guerre en Ukraine: comment les images postées en ligne par les citoyens mettent en danger les troupes ukrainiennes
©AFP

Depuis des semaines affluent sur les réseaux sociaux des milliers d'images des déplacements des troupes russes et des soldats en faction à la frontière ukrainienne. Ces derniers jours se sont évidemment ajoutées des vidéos et photos de l'invasion russe, et des chars, soldats armés, etc qui occupent maintenant plusieurs villes du pays et entourent la capitale Kiev.

Mais ces "simples" images, pour la plupart postées par des civils pour témoigner de la situation de guerre, peuvent se révéler être des sources d'informations considérables pour ceux qui sont capables de les exploiter. En effet, en analysant, datant et localisant les scènes rendues publiques sur les réseaux tels que Twitter et TikTok principalement, des journalistes, des chercheurs ou de simples citoyens arrivent à révéler des renseignement importants. Autrement dit, à partir d'images accessibles à tous, c'est-à-dire publiques et non cryptées, des chercheurs (professionnels ou non) sont capables de receuillir des informations exploitables dans le cadre d'une enquête précise, après un processus poussé de vérification et d'analyse.

Cette technique d'investigation porte un nom: l'OSINT, l'Open Source Intelligence. Elle est souvent utilisée par les services de renseignement (notamment dans le milieu économique) et de sécurité. Cela peut aussi permettre à des journalistes de démonter des fake news basées sur de fausses images ou sur des montages vidéos/photos, par exemple.

L'OSINT en temps de guerre

En période de conflit, l'OSINT a donc toute son importance pour les ONG, organes de renseignement, etc qui cherchent à évaluer la menace d'une attaque ou l'avancée de troupes armées sur un territoire déterminé notamment. Depuis plusieurs semaines, de nombreuses personnes sont donc occupées à vérifier la fiabilité de centaines de vidéos postées sur les réseaux sociaux, afin de les remettre dans leur contexte ensuite et de pouvoir les exploiter. C'est par exemple via l'OSINT que le journaliste bulgare d'investigation Christo Grozev, spécialiste dans le domaine, affirmait le 15 février qu'il n'y avait "aucune preuve d'un retrait des troupes russes de la frontière ukrainienne", contrairement à ce qui était officiellement annoncé par le Kremlin.

Le Centre for Information Resilience (CIR), une association indépendante utilisant l'OSINT et "visant à comprendre, contrer et dénoncer les opérations d'influence et la désinformation", a même recréé une carte des mouvements militaires russes vérifiés par leurs équipes, sur base des vidéos accessibles en ligne.

L'OSINT, utile aux troupes russes également

Cependant, si l'OSINT permet à des personnes "bienveillantes" de découvrir des renseignements capitaux, les troupes russes et ukrainiennes possèdent elles aussi en leurs rangs des soldats capables d'utiliser cette technique. C'est pour cela que circulent ces dernières heures, sur Twitter notamment, des messages d'avertissement. "S'il vous plaît, n'affichez pas les positions des troupes ukrainiennes. Et n'affichez pas les images de webcams. Ce n'est pas un jeu d'OSINT. Toutes les informations sont collectées et utilisées par les deux parties. [...] Créez des groupes privés avec des personnes approuvées. Faites ce que vous voulez, mais en cercle restreint", écrivent des internautes. Ils craignent par exemple que les images diffusées par les citoyens permettent aux troupes russes de localiser les soldats ukrainiens et d'anticiper leurs actions.

Une vidéo en particulier montre, selon des spécialistes, que les troupes russes sont bien conscientes de l'ampleur de l'usage de l'OSINT en ce moment. Cette séquence, tournée par une webcam placée près de la ville de Kakhovka (sud de l'Ukraine), montre des soldats russes en train de tourner la caméra vers le sol, afin qu'elle n'enregistre par les mouvements militaires en cours. On voit clairement le champ de la caméra changer, se diriger vers le sol, où là, trois soldats regardent l'appareil. Une main apparaît à l'écran, ce qui prouve qu'une personne est en train d'orienter la webcam - dont les enregistrements sont accessibles librement en ligne évidemment - vers le sol. Mais ce n'est pas le seul endroit où des telles gestes ont été enregistrés: Het Laatste Nieuws a également diffusé les images d'autres caméras qui ont subi le même sort.