Des ressortissants africains seraient refoulés à la frontière entre l'Ukraine et la Pologne: "Les Etats sont tenus d'accueillir toute personne, indépendamment de tout critère, racial ou autre"

Des témoignages de ressortissants africains bloqués en Ukraine affluent sur les réseaux sociaux.

La rédaction (avec Belga)
Des ressortissants africains seraient refoulés à la frontière entre l'Ukraine et la Pologne: "Les Etats sont tenus d'accueillir toute personne, indépendamment de tout critère, racial ou autre"
©AFP

Les témoignages de ressortissants africains bloqués en Ukraine affluent sur les réseaux sociaux depuis le début de l'invasion russe. Amnesty International confirme avoir reçu des informations en ce sens, mais n'a pas encore pu les vérifier sur le terrain. L'organisation exhorte toutefois "tous les pays européens à respecter leurs obligations et à accueillir les personnes qui fuient la guerre conformément à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés", a indiqué Ludovid Laus, porte-parole d'Amnesty International Belgique.

A Kiev, des étudiants africains auraient été empêchés d'entrer dans des trains et des bus pour la frontière polonaise afin de prioriser la population ukrainienne, selon différents témoignages. A la frontière polonaise, ils auraient été refoulés par les garde-frontières pour les mêmes raisons. Des accusations de racisme que les garde-frontières ont rejeté, assurant permettre à tous de passer.

Une source diplomatique présente sur place signale d'ailleurs auprès de LaLibre "les Polonais n'effectuent aucun contrôle. Ils laissent passer les gens les bras croisés. Je l'ai vu de mes yeux à tous les postes frontières. Les vidéos qui ont circulé sur ce sujet se passent du côté ukrainien".

Amnesty International confirme de son côté avoir reçu des témoignages faisant état de traitements différenciés, mais n'a pas encore été en mesure de les vérifier sur le terrain, a expliqué Ludovic Laus à Belga. "Si c'est avéré, c'est intolérable", a-t-il dit. "Les Etats sont tenus d'accueillir toute personne, indépendamment de tout critère, qu'il soit racial ou autre. Nous nous basons sur la déclaration universelle des droits de l'Homme et la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés pour dire que chaque pays doit accueillir tous les réfugiés et garantir un accueil digne."

"Nous appelons la Commission européenne à assurer le plus possible l'accès au territoire européen pour les réfugiés", a poursuivi le porte-parole d'Amnesty Belgique. "Nous lui demandons de bien veiller à ce qu'il n'y ait pas de profilage racial, de sélection des candidats en fonction d'un statut vaccinal, d'éviter les longues files d'attente aux frontières, et d'organiser un plan d'accueil efficace avec un partage des responsabilités pour éviter les couacs qu'on a pu connaître."

Un racisme "endémique" en Europe

Contactée par Belga, la militante antiraciste Estelle Depris, qu'on retrouve derrière le compte Instagram Sans Blanc De Rien, se dit "choquée" par les témoignages qu'elle n'a cessé de recevoir ces derniers jours. "En temps de crise, le racisme endémique en Europe ressort. On avait déjà pu le voir avec le traitement des réfugiés syriens aux portes de la Pologne il y a quelques années", livre-t-elle. "En Europe, il y a pourtant des ressortissants du monde entier, notamment en raison du rapport du continent avec la colonisation", explique-t-elle. "En tant qu'afro-descendant, on se pose la question: si un jour on est amené à devoir fuir, y aura-t-il des traitements prioritaires pour les blancs en Belgique aussi ? Cela réveille des inquiétudes pour ces personnes."

Plus largement, Estelle Depris invite à s'interroger sur la rapidité avec laquelle les pays européens se sont engagés à accueillir les réfugiés ukrainiens. "Les états occidentaux montrent leur solidarité envers les réfugiés ukrainiens parce que leur culture se rapprocherait d'une culture occidentale, selon eux. C'est très violent pour les personnes racisées ou pour les personnes qui ont dû faire la grève de la faim pour obtenir des papiers après avoir fui des situations de guerre", dit-elle.

Un traitement "digne"

Lundi, le gouvernement nigérian a exhorté les autorités douanières en Ukraine et dans les pays voisins à traiter "avec dignité" ses citoyens.

La ministre des Affaires étrangères du Ghana Shirley Ayorkor Botchwey a pour sa part déclaré que les étudiants de son pays n'avaient jusqu'à présent pas rencontré de problèmes pour quitter l'Ukraine. Au total, 38 des 220 Ghanéens qui ont quitté le pays jusqu'à présent ont franchi sans problème la frontière polonaise. Cependant, plus de 460 sont encore en Ukraine.

Clayson Monyela, du ministère sud-africain des Affaires étrangères, a de son côté affirmé sur Twitter que "des étudiants sud-africains et d'autres Africains ont été malmenés à la frontière ukraino-polonaise".

Des milliers de jeunes Africains partent étudier en Ukraine, attirés par la qualité des études sur place et le prix relativement bas. Il s'agit le plus souvent d'étudiantes et d'étudiants du Nigeria, du Ghana, du Kenya, d'Afrique du Sud, d'Éthiopie ou encore de Somalie.

Parallèlement aux témoignages sur les difficultés à quitter l'Ukraine pour les non-Ukrainiens, une forme de solidarité s'organise sur les réseaux sociaux, avec des dizaines de personnes qui proposent leur aide pratique pour le passage aux frontières ou l'hébergement.