L'évacuation des habitants débute à Marioupol, ville martyre : "Cette terre est trempée de sang, d’amertume et de désespoir"

Les frappes russes se multiplient à Kiev, tandis que les habitants de Marioupol ont pu être évacués.

Christophe Lamfalussy (avec AFP et Reuters)
L'évacuation des habitants débute à Marioupol, ville martyre : "Cette terre est trempée de sang, d’amertume et de désespoir"
©AFP

Un convoi de près de 2 000 voitures a pu sortir mardi de Marioupol, la ville portuaire martyre du sud-est de l’Ukraine, laissant espérer que des civils pourront échapper à l’enfer des bombardements incessants de l’artillerie et de l’aviation russes.

Le convoi devait faire 270 km pour sortir de l’étau russe, passer par le port de Berdiansk occupé par les forces russes avant d’arriver à Zaporijjia, tenu par les forces ukrainiennes. Il a emprunté l’un des corridors humanitaires négociés entre Russes et Ukrainiens.

Une terre "trempée de sang"

Les rares informations en provenance de Marioupol sont insoutenables. La ville est encerclée. Des frappes ont lieu toutes les demi-heures. Et les habitants n'ont presque plus rien à boire ni à manger. Ils ne peuvent pas se chauffer et se terrent dans les caves des immeubles. S'ils sortent dehors, c'est pour faire un feu et chauffer de l'eau et des aliments. "Cette terre est trempée de sang, d'amertume et de désespoir", a déclaré un habitant de la ville dans une vidéo postée dimanche.

Près de 350 000 habitants seraient bloqués. La municipalité indiquait mardi que deux mille voitures supplémentaires attendaient aux portes de la ville, sans préciser le nombre d’habitants qui étaient en cours d’évacuation.

"L'histoire se penchera avec horreur sur ce qui se passe si aucun accord n'est conclu par les parties le plus rapidement possible", avait déclaré lundi la Croix-Rouge internationale (CICR).

L'organisation basée en Suisse a rappelé aussi mardi quatre principes cardinaux du droit de la guerre. Les civils "ne sont pas des cibles" ; "interdiction absolue d'utiliser des boucliers humains" ; "un passage sûr doit être garanti à ceux qui fuient" et "les humanitaires doivent avoir accès aux civils pour les aider".

Sur ce dernier point notamment, l’armée russe ne respecte pas les Conventions de Genève, puisque aucun convoi humanitaire n’a pu joindre à ce jour la ville assiégée. L’un d’eux, accompagné de prêtres orthodoxes et d’une centaine de tonnes d’eau, de vivres et de médicaments, a été bloqué à Berdiansk, selon Kiev.

La Turquie a fait pression sur Moscou pour évacuer les civils de Marioupol car s’y trouvent aussi des ressortissants turcs. Selon Kiev, l’armée russe aurait touché avec ses bombardements la mosquée Sultan Suleiman où 80 femmes et enfants avaient trouvé refuge, mais cette information a été démentie par le responsable turc de la mosquée, selon l’agence Anadolu.

Un tournant dans la guerre

L’armée ukrainienne affirme tenir bon à Marioupol et avoir repoussé les forces russes. La perte de cette ville serait un tournant dans la guerre car elle permettrait aux troupes russes de faire la jonction entre les forces séparatistes dans le Donbass et les forces russes venues de la Crimée. Celles-ci se sont déjà emparées de Berdiansk et Kherson.

Mais ce qui se passe à Marioupol est aussi une indication de la force de destruction que l’armée russe est prête à appliquer, comme en Syrie ou en Tchétchénie.