Plus de 40 000 Syriens recrutés par la Russie parmi lesquels 18 000 rejoindraient le groupe Wagner, selon une ONG

La Russie a établi des listes de 40.000 combattants de l'armée syrienne et de milices alliées, prêts à être déployés en Ukraine, a affirmé mardi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Plus de 40 000 Syriens recrutés par la Russie parmi lesquels 18 000 rejoindraient le groupe Wagner, selon une ONG
©AP

Alliée du régime de Bachar al-Assad en Syrie, la Russie a annoncé le 11 mars que les volontaires, y compris ceux venant de Syrie, étaient les bienvenus pour combattre en Ukraine aux côtés de l'armée russe qui a envahi ce pays voisin le 24 février.

Selon l'OSDH, des officiers russes, en coordination avec l'armée syrienne et des milices alliées, ont ouvert des bureaux d'enregistrement dans des zones tenues par le régime de Damas.

"Plus de 40.000 Syriens se sont inscrits pour combattre aux côtés de la Russie en Ukraine jusqu'à présent", a déclaré Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, une ONG basée au Royaume-Uni et disposant d'un vaste réseau de sources en Syrie, pays en guerre depuis 2011.

Des officiers russes, déployés en Syrie dans le cadre de l'intervention militaire de Moscou en 2015 pour soutenir le régime Assad, ont approuvé la candidature de 22.000 d'entre eux, selon M. Abdel Rahmane.

Ces combattants sont issus soit d'unités de l'armée régulière syrienne, soit des milices prorégime formées par les Russes ayant l'expérience des combats en zone urbaine, d'après la même source.

Dans un pays où les soldats gagnent de 13 à 32 euros par mois, la Russie leur promet un salaire de 1.000 euros pour combatte en Ukraine, a rapporté l'Observatoire.

Ils ont également droit à 7.000 euros d'indemnisation en cas de blessures, tandis que leurs familles toucheront 15.000 euros s'ils venaient à mourir au combat, a ajouté l'ONG.

Quelques 18.000 hommes supplémentaires se sont inscrits auprès du parti Baas au pouvoir en Syrie et seront sélectionnés par le groupe Wagner, une société privée russe de paramilitaires ayant des liens avec le Kremlin, selon l'OSDH.

"Pour quelques centaines de dollars"

M. Abdel Rahmane a déclaré que la Russie avait recruté des soldats de la 25e division des forces de la mission spéciale de l'armée syrienne, naguère connue sous le nom des "Forces du Tigre", et de la 5e division dirigée par la Russie.

Un représentant du gouvernement syrien a démenti l'existence de cette campagne de recrutement. "Jusqu'à présent, aucun nom n'a été inscrit, aucun soldat n'est enregistré et personne ne s'est rendu en Russie pour combattre en Ukraine", a déclaré à l'AFP Omar Rahmoun, du Comité de réconciliation nationale.

Des mercenaires syriens ont déjà combattu en Libye et dans l'enclave caucasienne du Nagorny Karabakh.

La conflit en Syrie, qui a fait un demi-million de morts, a plongé 90% de la population dans la pauvreté, un facteur clé du recrutement.

L'ONG indépendante Syrian for Truth and Justice, basée à Strasbourg, a affirmé qu'un soldat syrien lui avait confirmé s'être enregistré en mars pour combattre en Ukraine parce qu'il ne trouvait pas de travail après son service militaire.

Deux centres de recrutement sont ouverts à al-Mayadine et Deir Ezzor (est), selon Omar Abou Layla, directeur du média Deir Ezzor 24.

"Wagner est en charge de la campagne à Deir Ezzor, seules quelques dizaines de personnes se sont inscrites jusqu'à présent", a-t-il déclaré.

"Dans un pays où les pénuries de biens de première nécessité sont courantes, certains n'ont d'autre choix que de se battre pour quelques centaines de dollars", selon lui.

De leur côté, des rebelles soutenus par la Turquie dans le nord se préparent à envoyer des combattants pour soutenir les Ukrainiens, selon des informations recueillies par un correspondant de l'AFP sur place.

Des centaines de leurs combattants avaient déjà été envoyés en Libye et en Azerbaïdjan.

L'argent est la principale motivation, reconnaît un combattant rebelle qui a déclaré à l'AFP qu'on lui avait promis 2.730 euros. Et un autre rebelle d'ajouter: "on en a marre d'avoir faim (...) Je partirai et je ne reviendrai jamais. A partir de l'Ukraine, je compte aller en Europe".