Qui est Marina Ovsiannikova, la journaliste russe qui a osé défier Poutine à la télévision ?

Ce lundi soir, Marina Ovsiannikova, une journaliste et productrice de la chaîne russe Pervy Kanal, est apparue en plein journal télévisé avec une pancarte "Pas de guerre" pour manifester contre l'invasion russe en Ukraine. Mardi, elle a été condamnée à une amende et libérée.

Elle est la femme qui a osé. Celle que personne n'avait vu venir. Marina Ovsiannikova a surgi derrière la présentatrice du programme d'information de la première chaîne de Russie, Pervy Kanal, avec une pancarte : "Non à la guerre. Ne croyez pas la propagande. On vous ment, ici". Pour mesurer l'audace de son acte, il faut savoir que le journal présenté par Ekaterina Andreïeva, Vremia, n'est pas un petit programme de fin de soirée, mais un rendez-vous quotidien suivi par des millions de Russes. Un antre de la propagande du Kremlin. Si les images de son coup d'éclat se sont répandues sur les réseaux sociaux à la vitesse de la lumière, Marina Ovsiannikova, elle, a disparu aussi vite qu'elle était apparue à l'écran. Jusqu'à ce qu'elle ait été présentée devant un juge mardi, condamnée à une amende et libérée. Si elle devait encore être poursuivie pour avoir "discrédité l'utilisation des forces armées russes", elle risquerait 15 ans de prison.

Marina Ovsiannikova a, selon sa page Facebook, étudié à l'Université du Kouban à Krasnodar, puis à l'Académie russe d'économie nationale et du service public à Moscou. Son profil Instagram indique aussi qu'elle a participé à des compétitions de natation en eaux vives (Swimstar et Oceanman) dans le Bosphore et la Volga. Une "maman heureuse" de deux enfants, qui aime ses golden retrievers et travaille à la production de Pervy Kanal. Jusqu'à lundi soir. Selon la journaliste indépendante Farida Rustamova, ses collègues ont été "très surpris par son acte, car ils ne l'ont jamais entendue parler de politique". Marina parlait surtout de ses enfants, de ses chiens, de sa maison.

Son geste, qualifié d'acte de "hooliganisme" par le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, elle l'a expliqué dans une vidéo qu'elle avait préenregistrée et qui a été diffusée par OVD-Info. "Malheureusement, j'ai travaillé pour Pervy Kanal ces dernières années, relayé la propagande du Kremlin. Et j'en ai vraiment honte maintenant. Honte d'avoir laissé raconter des mensonges sur les écrans de télévision. Honte d'avoir permis la 'zombification' du peuple russe."

Les autorités ayant bloqué la plupart des médias encore indépendants, ainsi que les principaux réseaux sociaux, comme Twitter et Facebook, la plupart de ses compatriotes sont immergés dans l'information officielle des médias contrôlés par le Kremlin, dont Pervy Kanal est un beau spécimen. Même ceux dont les proches se trouvent sous les bombes russes en Ukraine sont persuadés du bien-fondé de l'"opération militaire spéciale" visant à "dénazifier" l'Ukraine et à empêcher un "génocide". Mais elle l'a osé le dire : "Ce qui se passe en Ukraine en ce moment est un crime, et la Russie est l'agresseur. La responsabilité de cette agression incombe à un seul homme : Vladimir Poutine". Aux Russes, elle a lancé : "Allez manifester. N'ayez peur de rien. Ils ne peuvent pas tous nous emprisonner".

Marina Ovsiannikova est née d'un père ukrainien et d'une mère russe, "ils n'ont jamais été ennemis", a-t-elle dit, appelant la Russie "à arrêter cette guerre fratricide immédiatement" et "nos nations sœurs auront une chance de faire la paix". Le terme de "nations sœurs" n'a pas forcément plu à tous dans les rangs ukrainiens. Il n'empêche, le président Volodymyr Zelensky l'a remerciée de s'être élevée contre la désinformation. Et son homologue français, Emmanuel Macron, a offert la protection de son pays.

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