L'Otan va renforcer son dispositif en Europe de l'Est : "Le président Poutine voulait moins de troupes à ses frontières. Il en a plus"

Le secrétaire-général de l’Otan Jens Stoltenberg a annoncé ce mercredi à Bruxelles un renforcement substantiel dans les mois qui viennent du dispositif militaire de l’Alliance en Europe de l’est en réaction à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Ch.Ly.

A l'issue d'une réunion extraordinaire des ministres de la Défense, il a évoqué, sans entrer dans les détails, une déploiement supplémentaire de troupes pré-positionnées sur le flanc oriental, davantage de moyens aériens et de cybersécurité ainsi que des ordres de missions « sur une base persistante » pour des navires de guerre et sous-marins.

Le commandant suprême des forces alliées en Europe (Saceur), le général américain Tod Wolters, a été chargé par les ministres de faire des propositions qui seront approuvées, espère-t-il, pour la « fin juin » par les chefs d'État et de gouvernement lors d'un sommet qui est prévu à Madrid. Un sommet extraordinaire aura lieu déjà à Bruxelles le jeudi 24 mars, en présence du président américain Joe Biden.

Pas de troupes ni d'avions en Ukraine

Jens Stoltenberg a en revanche exclu tout déploiement terrestre ou aérien de l'Otan en Ukraine, confirmant ainsi la position adoptée par les trente alliés avant même le début de la guerre. Mardi, la Pologne avait suggéré d'envoyer une « mission de paix » en Ukraine, notamment pour « fournir une aide humanitaire et pacifique » à ce pays.

L'Otan va renforcer son dispositif en Europe de l'Est : "Le président Poutine voulait moins de troupes à ses frontières. Il en a plus"
©AP

« Nous devons faire un reset de notre défense collective », a-t-il dit, soulignant que les relations avec la Russie n'ont plus rien à voir avec la détente des années 1997-2007 lorsque les alliés avaient signé avec Moscou un Acte Fondateur rapprochant les deux puissances militaires. Depuis l'intervention russe en Géorgie et en Crimée, puis l'invasion de l'Ukraine, les données ont fondamentalement changé, a-t-il dit.

2014, l'année où tout a commencé à changer

Depuis 2014, année de l’annexion de la Crimée, les alliés se sont engagés d’ici à 2024 à dépenser 2 % de leur PNB en dépenses militaires. La taille de la force de réaction rapide de l’Otan (NRF) a été triplée et des brigades multinationales ont été déployées par rotations dans les pays baltes et en Pologne. Depuis l'invasion de l'Ukraine, 40 000 soldats de l'Otan (dont les Belges en Roumanie et dans les pays baltes) sont désormais sous commandement de l'Otan sur son flanc oriental. Le nombre des soldats américains déployés en Europe atteint 100 000, ce qui ne s'était plus vu depuis une quinzaine d'années. Durant la guerre froide, le nombre de soldats américains basés en Europe oscillait entre 3 et 400 000 hommes.

M.Stoltenberg estime que les « 2 % » en dépenses militaires décidés au sommet du pays de Galles constituent aujourd'hui « un minimum ». La Belgique n'était qu'à 1,12 % l'an dernier et prévoit d'atteindre 1,54 % en 2030. Le premier ministre Alexander De Croo a averti les députés belges mercredi que des investissements supplémentaires dans l'armée devront être faits.

« Le président Poutine a sous-estimé l'Ukraine et l'unité de son peuple mais a aussi sous-estimé l'Otan », estime le secrétaire-général. « Son but était de diviser l'Otan. Il a réussi à l'unir. Il voulait moins de troupes à ses frontières. Il en a plus ».