Au procès des attentats de Paris, les secrets d'un ordinateur abandonné dans un sac poubelle

Le 23 mars 2016, au lendemain des attentats de Bruxelles, les policiers belges mettent la main sur un ordinateur portable abandonné dans un sac poubelle près de la planque des djihadistes ayant frappé la capitale belge et son aéroport... dans cet ordinateur un fichier va intriguer les enquêteurs : il porte le nom "13-Novembre".

AFP
Au procès des attentats de Paris, les secrets d'un ordinateur abandonné dans un sac poubelle
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Ce ne sera pas la seule surprise des policiers, a décrit mercredi devant la cour d'assises spéciale de Paris un enquêteur de la police fédérale belge témoignant par visio-conférence depuis Bruxelles.

Le fichier "13-novembre" a été créé le 7 novembre 2015, six jours avant les attentats meurtriers qui ont frappé Paris et Saint-Denis. Ce fichier comprend de nombreux dossiers et sous-dossiers. Un dossier s'intitule "groupe français", un sous-dossier porte le nom "Bataclan", le nom de la salle de spectacles parisienne visée par le commando du 13-Novembre. Selon l'enquêteur, le dossier "groupe français" devait désigner le trio de djihadistes qui ont attaqué le Bataclan.

Le fichier "13-Novembre" comprend quatre autres dossiers. L'un s'intitule "groupe iraquiens" (sic) qui fait référence, selon l'enquêteur, "aux kamikazes du stade de France". Il y a également un dossier "groupe Omar" qui, selon le policier belge, désignerait le commando des terrasses auquel appartenait Abdelhamid Abaaoud, dont la "kunya" (nom de guerre) était Abou Omar. Il existe aussi un dossier "groupe métro" dont l'enquêteur a d'abord suggéré qu'il pouvait désigner les jihadistes qui n'ont pu rejoindre à temps Paris comme Muhammad Usman et Adel Haddadi, avant de se montrer moins catégorique après une question d'un avocat de la défense. Enfin, on trouvait aussi un "dossier Schipol", l'aéroport d'Amsterdam qui aurait pu constituer une autre cible le 13 novembre 2015.

Parmi les milliers de photos contenues dans l'ordinateur, il y a des clichés aériens du Stade de France et du Bataclan.

"On ne sait pas si elles sont antérieures aux attentats ou postérieures", précise l'enquêteur. Il indique qu'un fichier proposant une visite virtuelle du Bataclan a été consulté le 7 novembre 2015 puis le 10 novembre 2015. Le 9 novembre 2015, des vidéos sur la mort en martyr ont aussi été ouvertes par les utilisateurs du PC.

L'ordinateur, jeté dans un sac poubelle avec une tablette et un téléphone portable, a d'abord été récupéré par des éboueurs belges heureux de profiter de l'aubaine. Mais, en découvrant que l'ordinateur était "plein de contenus de l'État islamique", les éboueurs ont rapporté ce qu'ils avaient trouvé aux autorités.

L'ordinateur, la tablette et le téléphone ont-ils pu être manipulés avant leur remise à la police belge ?, demande l'avocate de Salah Abdeslam, Me Olivia Ronen. L'enquêteur répond par un rire gêné. Quoi qu'il en soit, le contenu des dossiers de l'ordinateur s'est révélé inexploitable et la tablette récupérée par les policiers avait été reformatée.

Comment les djihadistes ont-ils pu se débarrasser aussi négligemment de cet ordinateur ?, demande un avocat. "Il ne faut pas oublier que les terroristes agissent dans la précipitation", répond l'enquêteur. La planque devant laquelle il a été trouvé, "c'est de là où sont partis Ibrahim El Bakraoui, Najim Laachraoui et Mohamed Abrini le 22 mars 2016 pour les attentats de Bruxelles", dit-il. Selon l'enquêteur, les deux principaux utilisateurs du PC étaient Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui, respectivement considérés comme le logisticien et l'artificier en chef des attentats du 13-Novembre.

La police a également découvert dans l'ordinateur "de nombreux documents en lien avec l'État islamique et le terrorisme" dont des scènes d'exactions, des chants guerriers, d'appels au jihad mais aussi... des poèmes de Victor Hugo et le récit de Cyrano de Bergerac.

Outre le fichier "13-Novembre", l'ordinateur contenait un fichier "Moutafajirat" (explosifs en arabe) et un autre fichier baptisé "Targets" (cibles en anglais).

Le fichier "Moutafajirat" comprenait des dossiers "préparation des ceintures" mais aussi "péroxyde d'acétone", "péroxyde d'hexamine" ou "nitroglycol", des composés nécessaires à la fabrication d'explosifs.

Le fichier "Targets" avait des dossiers intitulés "jeunesse catholique, royaliste, punk", "petit peuple", "éducation", "aristocratie, bourgeoisie", "défense". Dans un des sous-dossier figurait le nom de l'organisation catholique intégriste Civitas, dont précise l'enquêteur, fut consulté pour la dernière fois le 11 novembre 2015.