Le 5e train de sanctions de l'UE vise pour la première fois des importations d'énergie

Pour saper la machine de guerre de Vladimir Poutine, le 5e train de sanctions étend les interdictions d'exportations de l'UE vers la Russie pour une valeur de 10 milliards d'euros, dans des domaines industriels où la Russie dépend fortement de fournitures européennes.

Le 5e train de sanctions de l'UE vise pour la première fois des importations d'énergie
©AP

Le cinquième train de sanctions de l'UE contre la Russie pour son invasion de l'Ukraine le 24 février dernier vise pour la première fois des importations d'énergie russe dans l'UE, encore que timidement puisque seul le charbon est concerné. Outre de nouvelles interdictions d'export et d'import pour plusieurs milliards d'euros dans divers secteurs, ainsi que de nouvelles sanctions financières et bancaires, certaines mesures emblématiques viseront le caviar, la vodka ou les armes de chasse. Pas moins de 217 nouvelles personnalités et 18 entités sont ajoutées à la liste. Ce cinquième paquet de mesures a été adopté à la suite de la découverte de civils massacrés à Boutcha et dans d'autres endroits d'Ukraine après le retrait de troupes russes.

L'interdiction d'importation de charbon russe porte sur toutes les formes de charbon, soit un quart des exportations russe de charbon, ce qui représente une perte de recettes de 8 milliards d'euros par an pour la Russie par rapport à 2021, selon la Commission et le Conseil. Pour les contrats existants, un délai de résilience de quatre mois est prévu. L'UE importe 45% de son charbon de Russie.

Réclamée à cor et à cri par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, l'idée d'un embargo sur toute forme de combustibles fossiles et nucléaires russes a reçu jeudi le soutien du Parlement européen, tandis que le président du Conseil Charles Michel a considéré mardi que l'Union européenne devrait prendre "tôt ou tard" des sanctions sur le pétrole et le gaz russes.

La Commission européenne et les Affaires étrangères de l'UE (SEAE) ont de leur côté d'ores et déjà annoncé élaborer des propositions de sanctions supplémentaires incluant le pétrole.

Autre nouveauté de ce 5e train de sanctions, le transport routier et le fret maritime sont également visés. Aucun camion immatriculé en Russie ou au Bélarus ne pourra plus rentrer dans l'UE, de même qu'aucun navire battant pavillon russe ne pourra plus entrer dans des ports de l'UE. Ils ont été recensés au 24 février, de manière à ne pas se laisser berner par un changement de pavillon. Des exceptions sont toutefois prévues pour les produits agro-alimentaires, les médicaments ou les produits énergétiques. Ces dérogations sont non seulement importantes pour des pays de l'UE mais aussi pour certains pays partenaires, notamment en Afrique du Nord, selon un représentant de l'UE.

Au niveau financier, quatre des sept banques russes qui avaient déjà été exclues du réseau de messagerie interbancaire SWIFT sont désormais empêchées de réaliser toute transaction au sein de l'UE: le gel de leurs avoirs est total. Ces banques représentent 23% de part de marché dans le secteur bancaire russe. De nouvelles mesures étendent aussi les sanctions visant les crypto-actifs et les trusts, niches fiscales des milliardaires.

"La Russie n'était pas en mauvaise posture financièrement avant le 24 février, on ne peut donc pas s'attendre à ce qu'elle s'effondre du jour au lendemain, mais aujourd'hui on ne peut plus exclure un défaut sur les obligations souveraines russes", commentait une source européenne, en insistant sur l'effet à long terme des sanctions.

Pour saper la machine de guerre de Vladimir Poutine, le 5e train de sanctions étend les interdictions d'exportations de l'UE vers la Russie pour une valeur de 10 milliards d'euros, dans des domaines industriels où la Russie dépend fortement de fournitures européennes (ordinateurs quantiques, semi-conducteurs de haut niveau, produits chimiques, catalyseurs pour le raffinage, etc.), mais aussi le kérosène et les additifs pour carburant qui peuvent être utilisés par l'armée russe.