"C'est scandaleux d'instrumentaliser un enjeu comme la faim dans le monde pour des jeux politiques"

Ce vendredi matin, dans Il faut qu'on parle, Philippe Baret a évoqué l'avenir de l'agriculture wallonne.

La rédaction

Quelles vont être les répercutions de la guerre en Ukraine sur l'agriculture wallonne ? Allons-nous connaître des pénuries alimentaires dans les prochains mois ? Ce sont les questions posées à Philippe Baret, professeur d'agronomie à l'UCLouvain, et invité ce vendredi matin dans Il faut qu'on parle.

Pour l'invité de DH Radio, on peut facilement prédire qu'une crise alimentaire s'annonce dans les prochains mois. "Nous sommes devant un déséquilibre du système alimentaire. Ce que nous ne savons pas encore, c'est comment ce déséquilibre va se traduire. C'est clair qu'il y a un choc. L'Ukraine et la Russie, c'est 30% des exportations de blé et de maïs au niveau mondial, 30% des engrais. Cela affectera donc inévitablement la crise alimentaire", lance d'emblée Philippe Baret.

Il regrette la façon de réagir des autorités internationales et européennes qui prennent des décisions sans avoir mené des analyses. "C'est un football panique. On se demande actuellement si les Ukrainiens vont pouvoir semer leurs champs cette semaine. Si oui, la crise ne sera pas de la même nature que s'ils ne le font pas. Actuellement, nous prenons des décisions comme si nous n'allons pas avoir de blé l'an prochain alors qu'en fait, on n'en sait rien".

"Actuellement, il y a entre 850 millions et un milliard de personnes qui souffrent de famine et de malnutrition. Et selon les crises, l'estimation est haute ou basse. Actuellement, on est sur une estimation haute", informe l'agronome. Mais les surréactions des autorités européennes et mondiales ne vont pas aider ce chiffre à diminuer, d'après l'invité. "C'est ça qui est scandaleux. Et encore je pèse mes mots. C'est scandaleux d'instrumentaliser un enjeu comme la faim dans le monde pour des jeux politiques".

Si le marché mondial doit se passer des récoltes ukrainiennes et russes, ses prix varieraient mais il n'y aurait pas encore de pénurie à court terme. "En céréales alimentaires, il y a un stock suffisant. L'Europe et les Etats-Unis pourraient tout à fait s'en sortir. C'est moins le cas d'autres pays (Egypte, Liban, Maroc, Algérie, Sénégal) qui sont beaucoup plus dépendants des importations ukrainiennes et russes. Du côté des engrais, la crise ne date pas d'hier. En octobre, les prix ont doublé en une semaine. Cette crise est liée à la crise énergétique mais aussi à l'invasion russe en Ukraine. A long terme, il faudra vraiment se passer des engrais. A court terme, il y aura des problèmes si la Russie n'en exporte plus. C'est un jeu de barbichette. Eux ont besoin de nos sous mais nous ne voulons plus acheter chez eux", analyse le professeur en agronomie.

L'invité va plus loin en évoquant le marché mondial de l'alimentation. D'après lui, il est infiltré par des lobbyistes dont le but est de peser sur les décisions prises par les grands décideurs afin d'influencer le marché. "Aujourd'hui, ceux qui basent leurs bénéfices sur la vente d'engrais chimiques et de pesticides n'ont pas d'avenir dans un modèle européen. Mais ce qui me frustre le plus, c'est l'absence de transparence dans les décisions qui sont prises. En tant de crise, je comprends qu'il faut prendre des décisions de façon rapide mais je ne vois pas pourquoi on ne peut pas le faire de façon transparente", poursuit-il.