La Russie continue sa répression contre les médias : les sites du Moscow Times et de RFI bloqués, un journaliste emprisonné

La Russie a bloqué vendredi la version russe du site du Moscow Times, média indépendant respecté, en l'accusant d'avoir publié de "fausses informations" sur le conflit en Ukraine, dernier exemple de la répression contre les médias.

La Russie continue sa répression contre les médias : les sites du Moscow Times et de RFI bloqués, un journaliste emprisonné
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AFP

La Russie a bloqué vendredi la version russe du site du Moscow Times, média indépendant respecté, en l'accusant d'avoir publié de "fausses informations" sur le conflit en Ukraine, dernier exemple de la répression contre les médias. La même journée, un journaliste sibérien a été placé en détention pour la même raison. Il risque jusqu'à 10 ans de prison. "La Russie a bloqué vendredi le service en langue russe du Moscow Times après la publication de ce que les autorités considèrent comme une fausse information sur des policiers anti-émeutes refusant d'aller combattre en Ukraine", a déclaré le journal sur son site, ajoutant qu'il n'avait pas été notifié de cette décision.

Le gendarme russe des télécommunications Roskomnadzor a confirmé sur son site le blocage, indiquant avoir appliqué une requête du parquet datant du 12 avril.

Surtout connu pour sa version en anglais --qui reste accessible-- et fondé en 1992, le Moscow Times était le premier quotidien occidental à avoir été publié en Russie. Son édition papier a cessé de paraître en 2017, sur fond de difficultés économiques et de révolution numérique.

Le blocage visant son site en russe illustre l'ampleur de la répression mise en place par les autorités russes depuis le déclenchement de l'offensive de Moscou en Ukraine, le 24 février.

La Russie a également bloqué le site internet de la radio française RFI, qui diffuse des informations en une quinzaine de langues, dont le russe, en pleine vague de répression contre les critiques de l'offensive en Ukraine. Le site www.rfi.fr est désormais classé dans la liste des sites bloqués en Russie par le régulateur des télécommunications Roskomnadzor, ont constaté vendredi des journalistes de l'AFP en Russie, qui ne pouvaient ouvrir le site du média sans réseau virtuel privé (VPN).

Dans les semaines qui ont suivi le début de l'attaque, la plupart des médias indépendants qui continuaient tant bien que mal de travailler ont été bloqués ou se sont sabordés sous la pression.

En outre, plusieurs réseaux sociaux comme Twitter, Facebook et Instagram ont été rendus inaccessibles.

La majorité de la population russe n'a plus accès qu'aux médias russes, dont la plupart se font les porte-parole de la propagande du Kremlin.

Aux termes de lois récemment votées, publier des informations sur le conflit considérées comme fausses par les autorités est puni de lourdes peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison.

Vendredi, la justice russe a ordonné le placement en détention d'un journaliste du site internet Novyi Fokus (Nouveau Focus), dont le siège se trouve dans la région de Khakassia en Sibérie. Il s'agirait de Mikhaïl Afanassiev, le rédacteur en chef du site d'informations. C'est justement lui qui avait, en citant des sources, écrit que onze membres des forces spéciales antiémeutes OMON du ministère de l'Intérieur avaient subi des pressions des autorités après avoir refusé d'être envoyés en Ukraine. Son article avait été abondamment cité dans les réseaux sociaux, et cité par le Moscow Times.

La Russie est l'un des pays au monde les plus restrictifs en matière de liberté de la presse.

Avant le début de l'offensive en Ukraine et du renforcement de la censure, elle pointait à la 150e place sur 180 au dernier classement de la liberté de la presse de l'ONG Reporters sans frontières.

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