Guerre en Ukraine : L’invasion russe est entrée dans une "nouvelle phase"

La Russie intensifie ses frappes dans l’est du pays, sans même attendre la confirmation de la prise de Marioupol.

Guerre en Ukraine : L’invasion russe est entrée dans une "nouvelle phase"
©AP
Sébastien Gobert (avec AFP)

"Je suis convaincu que cela sera un moment très important pour cette opération spéciale." À la presse indienne, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé qu'une "nouvelle phase de l'opération" militaire russe avait commencé. Le "plan de libération", selon le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, a consisté, ce mardi, à tirer des "missiles de haute précision" et neutraliser 13 places fortes de l'armée ukrainienne. Son ministère a appelé les Ukrainiens à la reddition.

Loin d'annoncer une quelconque capitulation, les autorités ukrainiennes ont confirmé l'intensification de l'offensive russe, tout en notant que l'envahisseur "avance avec prudence" dans l'est.

"L’enfer"

Ces dernières semaines, après avoir échoué à prendre le contrôle de la région de Kiev, la campagne militaire russe s’est réorientée sur le bassin du Donbass, partiellement contrôlé par les forces prorusses depuis 2014. Selon un haut responsable américain du département de la Défense, la Russie a augmenté sa présence militaire dans l’est et le sud de l’Ukraine, portant à 76 le total de bataillons dans le pays.

L'AFP a vu des bus transportant des militaires ukrainiens se diriger vers Kramatorsk, la capitale du Donbass, tandis que les autorités locales appelaient la population civile à évacuer. "C'est l'enfer", s'est ému lundi soir sur Facebook le gouverneur ukrainien de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï. Les combats "sont incessants" dans plusieurs villes. "Partez !", a-t-il ordonné mardi à ses concitoyens. "Des milliers d'habitants de Kreminna n'ont pas eu le temps de partir et maintenant, ils sont otages des Russes." Kreminna, qui comptait environ 18 000 habitants avant la guerre et est située à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Kramatorsk, est tombée aux mains des Russes ce mardi.

Faute d’accord avec les Russes, aucun couloir d’évacuation de civils n’a pu être organisé mardi dans le pays, et ce, pour la troisième journée consécutive, avait indiqué mardi matin la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk. La Russie a cependant annoncé peu après avoir ouvert un couloir censé permettre aux forces ukrainiennes ayant décidé de se rendre de sortir de Marioupol, port stratégique sur la mer d’Azov, assiégé depuis début mars par les troupes russes.

Nouvel ultimatum

Dans cette ville où les autorités craignent la mort de 20 000 à 22 000 civils, les combats se concentrent autour du complexe métallurgique d'Azovstal. Des combattants ukrainiens y sont retranchés, mais aussi "au moins 1 000 civils, la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées, dans les abris souterrains" de l'usine, a affirmé mardi le conseil municipal de Marioupol sur Telegram.

"Il y a des combats en cours, des combats de rue […] mais aussi des combats de chars", a affirmé Pavlo Kyrylenko, gouverneur de la région de Donetsk, sur la chaîne américaine CNN, assurant que les forces ukrainiennes résistaient toujours. La Russie, qui a appelé mardi les défenseurs de Marioupol à cesser "leur résistance insensée" après un premier ultimatum dimanche, semble déterminée à s'emparer de ce port - mais pas seulement. À Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, de nouveaux bombardements ont fait mardi trois morts et 16 blessés.

Vers "de nouvelles sanctions" contre Moscou

Les États-Unis et l'Union européenne sont parvenus à "un large consensus sur la nécessité d'accentuer la pression sur le Kremlin, notamment à travers l'adoption de nouvelles sanctions", a déclaré mardi soir le gouvernement italien, au terme d'une réunion virtuelle entre Joe Biden et ses principaux alliés européens.

La visioconférence a réuni les dirigeants français Emmanuel Macron, britannique Boris Johnson, allemand Olaf Scholz, roumain Klaus Iohannis, polonais Andrzej Duda, italien Mario Draghi, canadien Justin Trudeau et japonais Fumio Kishida. Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg participait aussi à l’appel, ainsi que les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen, Ursula von der Leyen et Charles Michel.

Ceux-ci sont aussi tombés d'accord sur la nécessité "d'accroître l'isolement international de Moscou", a précisé le gouvernement dans un communiqué.

L'annonce italienne a été confirmée par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans un tweet : "Nous renforcerons de nouveau nos sanctions contre la Russie."

Le nerf de la guerre russe

Si ces déclarations ne précisent pas la nature des sanctions à suivre, toute l’attention se porte sur les hydrocarbures importés de Russie. La Lituanie a d’ores et déjà annoncé la fin des achats de gaz. La Pologne cessera de se fournir en gaz et pétrole d’ici la fin 2022. Mais une décision coordonnée au niveau des Vingt-Sept peine à émerger en raison des réticences de plusieurs pays européens, l’Allemagne en tête.

Le communiqué du gouvernement italien réaffirme donc "l'engagement commun à diversifier les sources énergétiques en réduisant de cette manière la dépendance aux approvisionnements russes", sans laisser entrevoir un quelconque embargo dans un futur proche.

Or "les cinq paquets de sanctions - historiques - qui ont été pris jusqu'à présent ne touchent pas au cœur du financement de la machine de l'État russe. Ça, ce sont les hydrocarbures", assène Nicolas Gosset, chercheur à l'Institut royal de défense au micro de DH Radio. "Nous ne pouvons pas éviter de nous poser le dilemme de ce que l'Ukraine représente et de ce que nous sommes prêts à sacrifier pour la défense de notre propre liberté et pour la défense de la sécurité européenne."

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