Que fait l'Allemagne ? Olaf Scholz sommé d'aller plus loin pour aider l'Ukraine

Partenaires européens irrités, crise larvée au sein de son gouvernement: le chancelier Olaf Scholz subit un flot continu de critiques sur son soutien à Kiev jugé trop pusillanime au moment où l'offensive russe en Ukraine redouble d'intensité.

AFP
Que fait l'Allemagne ? Olaf Scholz sommé d'aller plus loin pour aider l'Ukraine
©Belga

"Que fait l'Allemagne?: la question n'est pas posée seulement ici en Allemagne, mais au niveau international", estime notamment le chef de l'opposition conservatrice Friedrich Merz, en référence aux livraisons d'armes lourdes à l'Ukraine demandées aussi instamment par les Verts et les Libéraux, membres du gouvernement d'Olaf Scholz.

Jusqu'ici, le chancelier rejette ce qu'il appelle un "cavalier seul de l'Allemagne", martelant qu'une décision sur cette question doit être coordonnée avec les alliés.

Pourtant, plusieurs pays de l'Otan ont déjà donné leur feu vert à de telles livraisons, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la République tchèque ou les Pays-Bas.

Au final "la position allemande équivaut à un cavalier seul", ironise le quotidien conservateur Die Welt.

La popularité du chancelier en place depuis décembre, souvent critiqué pour sa propension à se taire pendant les crises ou à manquer de clarté, s'en ressent.

Selon un sondage Civey pour Der Spiegel, les deux-tiers des personnes interrogées lui reprochent un manque de leadership.

Quid de la nouvelle ère ?

Il y a sept semaines, Olaf Scholz avait proclamé une "nouvelle ère" pour la défense et la diplomatie allemandes, dans un discours au Bundestag qui avait fait voler en éclats nombre de tabous nationaux.

Il avait alors annoncé l'envoi d'armes défensives en Ukraine, contrairement au mantra allemand excluant d'équiper militairement des pays en guerre.

Mais le soufflé semble retombé.

"Il est remarquable de voir à quelle vitesse la "nouvelle ère" semble avoir perdu de sa validité", note le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Lors d'une conférence de presse mardi soir, Olaf Scholz a promis d'aider les alliés est-européens livrant à Kiev des armements de fabrication soviétique en remplaçant le matériel qu'ils fourniront.

Le chancelier a argué de stocks insuffisants de la Bundeswehr, l'armée allemande, pour approvisionner directement l'Ukraine. Il a évoqué aussi l'établissement en cours avec des industriels de la défense allemands d'une liste de matériels pour Kiev.

"Les armes dont nous avons besoin ne sont pas sur cette liste", a affirmé l'ambassadeur ukrainien à Berlin Andrij Melnyk à la chaîne publique ZDF, réitérant que son pays a besoin de chars de type Leopard ou Marder dont dispose l'Allemagne.

Le quotidien Bild a affirmé mercredi soir que le gouvernement avait délibérément, fin mars, retiré véhicules blindés et chars de combat d'une liste de matériel que les fabricants allemands d'armement proposaient de mettre à la disposition de l'Ukraine, réduisant ainsi l'inventaire de 48 à 24 pages.

Décider "le plus tard possible"

Olaf Schlolz est notamment influencé par une frange de son parti social-démocrate (SPD) qui craint une trop grande implication de l'Allemagne dans le conflit pouvant déboucher sur une extension de la guerre en Europe, soulignent les observateurs.

L'Allemagne a longtemps pratiqué la politique de la main tendue envers la Russie suivant l'idée que le commerce induirait une démocratisation progressive du pays.

Cette ligne a également guidé les 16 années de règne d'Angela Merkel, qui a notamment défendu le projet gazoduc Nordstream 2 devant doubler l'approvisionnement de gaz russe vers l'Europe, suspendu sans avoir été mis en service après l'invasion de l'Ukraine.

Le SPD donne l'impression "qu'il n'a pas tiré un trait sur sa politique des dernières années vis-à-vis de la Russie", souligne le quotidien des Affaires Handelsblatt.

Au-delà, une part de la population allemande, traditionnellement très pacifiste depuis les horreurs du IIIe Reich, résiste aussi à une militarisation du pays.

"Le chancelier n'est jamais le premier, il est même souvent le dernier" sur les décisions à prendre depuis le début de la guerre, souligne le magazine Der Spiegel, rappelant ses hésitations, il y a quelques semaines, à exclure la Russie du système de paiements bancaires SWIFT ou encore son refus actuel de couper les livraisons de gaz russe dont dépend l'Allemagne.

En digne héritier d'Angela Merkel, Olaf Scholz propose toujours "la concession la plus mince le plus tard possible", souligne sur twitter Catherine de Vries, professeur néerlandaise en sciences politiques à l'Université Bocconi, qui y voit une politique préjudiciable pour l'Europe.

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