Un étudiant en médecine accusé de viol autorisé par sa faculté à faire un stage en gynécologie

Les universités de Tours et de Limoges ont-elles été complaisantes avec cet étudiant?

Un étudiant en médecine accusé de viol autorisé par sa faculté à faire un stage en gynécologie
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J.F.

"Ici sont formés et protégés des violeurs", "Aujourd'hui ton violeur, demain ton docteur". Des affiches de ce type ont été placardées mi-avril sur les murs de l'Université de Tours par un collectif féministe appelé "Action féministe Tours". Leur action coup de poing a servi à mettre en lumière la prétendue complaisance de deux universités françaises à l'égard d'un étudiant en médecine mis en examen pour viol. Le jeune homme a en effet été autorisé à faire un stage dans un service de gynécologie alors même qu'il avait fait l'objet de plaintes.

Selon les médias français, le jeune homme - que l'on surnommera Benoît - a été la cible de quatre plaintes pour viol et agressions sexuelles entre 2013 et 2020. Plusieurs jeunes femmes, dont certaines étudiantes en médecine, l'accusent en effet de les avoir agressées lors de soirées privées alors qu'elles étaient endormies. Selon Libération, l'une d'entre elles a affirmé que Benoît avait tenté de la pénétrer, une autre "aurait été réveillée par ses mains sur sa poitrine et dans sa culotte". Toujours selon le journal français, l'une des plaignantes, qui était dans le même lycée que Benoît, était âgée de 15 ans au moment des faits.

Fils de médecins réputés de la région

Suite à ces plaintes, l'étudiant a été placé en garde à vue, puis en détention provisoire fin septembre 2020. Seulement voilà : l'université aurait mis du temps à réagir alors même qu'elle était au courant de cette affaire dès le début du mois. "Il n'y a pas eu de mesure conservatoires prises avant que la justice ne poursuive son travail", explique à France Inter Alexis Loupan, président de l'association nationale des étudiants en médecine de France. Pourtant, l'étudiant en médecine effectuait à ce moment-là un stage en... gynécologie.

Toujours selon la radio française, le doyen de la faculté de médecine de Tours a convoqué une réunion le 10 septembre entre les représentants de la faculté et ceux de l'hôpital dans lequel Benoît effectuait son stage en évoquant la "délicatesse du dossier". En effet, Benoît est le fils de deux médecins reconnus dans la région. Patrice Diot, le doyen de Tours aurait même été à la fac avec eux. Interrogé, ce dernier affirme cependant avoir agi comme il le fallait. "Après avoir été informé des plaintes en cours, j'ai immédiatement décidé de suspendre cet élève, sans aucun retard." Il affirme également avoir interdit à l'étudiant de se présenter sur le campus ou à son stage et ce, même s'il ne dispose d'aucune preuve écrite confirmant ses dires. L'étudiant en question a ensuite passé deux mois en détention et en est sorti avec l'obligation de quitter la faculté de médecine de Tours. "Je lui ai alors demandé de trouver une autre faculté de médecine qui accepterait son transfert", précise le doyen. L'histoire ne s'arrête toutefois pas là.

Un nouveau stage en gynécologie

En septembre 2021, l'étudiant a fait sa rentrée à la faculté de médecine de Limoges. Mais, là encore, les conditions du transfert posent question étant donné que, selon certaines sources, "il y aurait eu une entente entre les deux doyens". Ce que nie celui de Tours. La justice affirme pour sa part avoir prévenu la faculté de Limoges de l'enquête qui visait le jeune homme, tout en précisant qu'il était toujours présumé innocent. Seulement voilà : l'étudiant en question a à nouveau été autorisé à faire un stage... en gynécologie ! Interpellée à ce sujet par Le Figaro, l'université de Limoges a simplement précisé que ce stage "lui avait été attribué par un algorithme". Si l'étudiant reste pour l'instant bien inscrit à la faculté de médecine de Limoges, la présidente de l'université, Isabelle Klock-Fontanille, compte "demander des précisions au doyen de médecine au sujet des mesures de surveillance mises en place autour du jeune homme". "Nous allons être attentifs à la suite de la procédure judiciaire", précise-t-elle à France Inter.

En attendant que la justice se prononce, les ministères de la Santé et de l'Enseignement supérieur ont saisi l'Inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche afin de faire la lumière sur d'éventuelles failles dans la gestion de ce cas. Le doyen de Tours, lui, a annoncé avoir porté plainte pour diffamation et dégradation de bâtiment.

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