De Croo plaide à Berlin pour un nouveau plan de financement et une unification européenne

La guerre en Ukraine et la menace russe doivent pousser l'Union européenne à se renouveler autour de trois priorités: la défense, l'énergie et l'élargissement, ou plutôt "l'unification européenne", a affirmé lundi le Premier ministre belge Alexander De Croo, lors d'une conférence à Berlin.

De Croo plaide à Berlin pour un nouveau plan de financement et une unification européenne
©BELGA

Pour retrouver des prix de l'énergie abordables et aider l'UE à se défaire de sa dépendance envers la Russie, M. De Croo a défendu, dans la capitale allemande, l'idée d'un nouveau plan financé à l'échelle de l'UE, à l'instar de ce que l'Union a mis sur pied, de manière inédite à cette ampleur, pour la crise du coronavirus.

Il avait déjà émis cette idée début mars, quelques jours à peine après l'invasion russe du 24 février en Ukraine, afin d'atténuer l'impact de la riposte russe sur les entreprises.

"Au lieu d'acheter des combustibles fossiles à des autocrates, nous devrions nous acheter et nous vendre de l'énergie les uns les autres. Échanger l'hydroélectricité du nord contre l'énergie solaire du sud et l'énergie éolienne de nos mers. Et si nous sommes sérieux, nous devons développer un nouveau plan européen ambitieux, financé au niveau européen, dédié aux projets européens ; des investissements énergétiques à grande échelle", a exhorté M. De Croo, invité par la Fondation Friedrich-Naumann, un centre d'études lié au parti libéral démocrate allemand FDP, à l'occasion de la Journée de l'Europe.

Pour Alexander De Croo, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique montrent la voie à suivre en matière d'hydrogène propre. "Nous devrions également travailler ensemble au développement du nucléaire sans déchets", a-t-il ajouté, alors que Berlin s'inquiète de la prolongation par la Belgique de deux de ses réacteurs nucléaires après 2025.

Appelant à développer une Europe "toujours ouverte sur le monde, mais sans plus de naïveté", il a exhorté les Vingt-sept à faire de l'UE "un bloc militaro-industriel", qui constituera "un des deux piliers de l'OTAN", avec le pilier américain.

Cela passera à ses yeux par la "défragmentation" (l'achat par les Européens de matériel militaire interopérable), des investissements dans des technologies militaires européennes qui permettent un retour sur investissement, ainsi que la nécessité d'un "retour sociétal" (via la cybersécurité des entreprises, le renseignement anti-terroriste, ou encore l'éducation des jeunes qui intègrent la défense).

Un autre sujet "brûlant" amené par la guerre en Ukraine est, selon M. De Croo, l'élargissement de l'Union européenne. À cet égard, rien de plus dangereux à ses yeux que le statu quo avec l'Ukraine, la Moldavie ou les Balkans occidentaux. "Notre voisinage européen serait transformé en États vassaux, soit par la force militaire de la Russie, soit par une politique d'investissement agressive, que nous voyons déjà aujourd'hui dans les Balkans."

Mais plutôt qu'un élargissement de l'UE, il plaide pour une "unification de l'Europe" dans une union économique et une communauté de valeurs. Pour l'Ukraine, cela passerait par le fait de lier la reconstruction du pays à des réformes.

Vu les années qu'une procédure d'adhésion peut prendre, les réformes nécessaires, les valeurs à faire respecter, la nécessité d'offrir une réponse aux pays candidats, il propose de permettre entre-temps à ces derniers de "se rapprocher" de l'Union européenne. Cela pourrait se faire en permettant à leurs citoyens de bénéficier directement de l'espace démocratique de l'UE et du marché unique, en faisant participer ces pays à certaines institutions de l'UE, etc. Il évoque par exemple l'intégration au roaming européen ou la participation aux sommets européens en tant que parties consultantes.

Ce discours fait écho à celui du président français Emmanuel Macron qui, à Strasbourg, a appelé ce lundi à la création d'une "communauté politique européenne" pour accueillir notamment l'Ukraine pendant la longue procédure d'adhésion à l'UE, ainsi qu'à celui du secrétaire du Parti démocrate italien (PD) Enrico Letta, qui a lancé il y a quelques jours l'idée d'accueillir l'Ukraine dès la fin de la guerre sous une nouvelle coupole politique entre les Vingt-sept et les pays candidats.

Plus tôt dans l'après-midi, M. De Croo avait été reçu par le président allemand Frank-Walter Steinmeier, avant une rencontre programmée mardi avec le chancelier Olaf Scholz. "Nous avons besoin de l'Allemagne, parce que quand l'Allemagne déploie ses ailes, l'Europe est capable de voler. Pas seulement en raison de sa taille et de sa position (dans l'UE), mais davantage en raison de sa compréhension profonde de l'Ouest et de l'Est, de sa démocratie robuste et de l'État de droit solide qu'elle a bâti après 1945. C'était mon message cet après-midi au président Steinmeier, et ce sera mon message demain au chancelier Scholz".