Le périple fou d'un sexagénaire qui a fui Marioupol à pied avec son chien: "J'ai dit que j'avais un ulcère à l'estomac"

Igor Pedin a fui les bombardements de Marioupol avec son chien, et a marché jusqu'à Zaporijjia. Il a raconté son dangereux périple au Guardian.

Le périple fou d'un sexagénaire qui a fui Marioupol à pied avec son chien: "J'ai dit que j'avais un ulcère à l'estomac"
©AFP
Ad.R.

Le 20 avril dernier, deux mois après le début de la guerre en Ukraine, Igor Pedin a pris la décision de quitter sa ville, à pied. Habitant de Marioupol, ville assiégée par les Russes et constamment visée par leurs bombardements, il a vu débarquer les troupes de Vladimir Poutine dans son quartier, tirant au hasard vers les maisons des civils. C'est à ce moment-là qu'il a commencé à remplir un sac à dos avec ses affaires, triant le tout pour n'avoir "que" 50 kilos à transporter durant son périple. Prêt au bout de trois jours, Igor Pedin a pris la route à 6 heures du matin le 23 avril avec son chien Zhu-Zhu, dans le but de rejoindre la ville de Zaporijjia, située 225 kilomètres plus loin. C'est au Guardian qu'il a raconté son histoire.

Durant plusieurs heures, Igor Pedin va traverser sa commune, découvrant les cratères laissés par les bombes, les véhicules calcinés, les obus et munitions non explosés, et les corps de éparpillés au sol. Une fois il a dû se cacher précipitamment alors qu'un convoi de véhicules blindés le dépassait. "J'étais alors un homme invisible", raconte-t-il au Guardian, "J'étais sale et couvert de poussière. [...] Je suis sorti de la ville par la route de Zaporijjia et au sommet, je me suis retourné. J'ai regardé la ville en bas et je me suis dit que c'était la bonne décision. J'ai dit au revoir". Le premier jour, Igor Pedin réussit finalement à atteindre la ville de Nikolske, à 20km de sa maison.

Après avoir été accueillis par un habitant ayant perdu son fils de 16 ans, atteint par des tirs d'obus, Igor et Zhu-Zhu reprennent leur chemin le lendemain aux aurores. Et ils vont être rapidement arrêtés à un checkpoint tenu par des Tchétchènes, le premier de leur long voyage. Ramené deux kilomètres en arrière par ces hommes, ils vont être emmenés dans un "camp de filtration" où Igor Pedin a été pris en photo, fouillé et déshabillé pour voir s'il n'avait pas de tatouages, qui auraient pu le relier à l'armée ukrainienne. "Un officier russe assis devant un bureau m'a demandé où j'allais. J'ai menti. J'ai dit que j'avais un ulcère à l'estomac et que je devais me rendre à Zaporijjia car j'avais payé un traitement", relate l'Ukrainien, qui a passé plus de deux heures là-bas, mais en est ressorti avec un document "venant soi-disant du ministère des affaires intérieures de la République populaire autoproclamée de Donetsk", lui permettant de passer d'autres checkpoints.

Plus loin, ce même jour, Igor Pedin est accueilli dans la nuit noire par six soldats armés à Verzhyna: "Ils m'ont aboyé dessus, j'ai levé les mains. Ils m'ont dit d'enlever mon haut, ils ont vidé mon sac. Il faisait froid. Ils m'ont ordonné de les suivre". Autorisé à repartir le lendemain - pas avant, sous peine d'être fusillé -, le soixantenaire marche 20 heures, avant d'être à nouveau arrêté et fouillé par des Russes. Comme chaque jour, il repart à l'aube.

Il atteint sa destination quelques jours plus tard, après avoir notamment traversé un pont détruit - avec 30 mètres de vide sous lui - et franchi deux grandes collines, à chaque fois en plusieurs allers-retours car il ne pouvait pas porter son chien épuisé et son sac en même temps. Aidé par un chauffeur routier, il arrive en plein centre de Zaporijjia, près d'une tente de bénévoles. "Il n'avait rien dit pendant le voyage mais m'a donné 1 000 hryvnia (environ 30 euros, ndlr). Il m'a dit bonne chance. Il avait tout compris", se remémore Igor Pedin.

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