Elisabeth Borne devient la deuxième femme Première ministre en France: "Il lui faudra beaucoup de courage"

Elle succède à Jean Castex.

M.S.

C'est désormais officiel : la France tient sa nouvelle Première ministre. Après la démission de Jean Castex, Emmanuel Macron a nommé Elisabeth Borne à Matignon.

Si l'annonce n'est pas réellement une surprise tant on attendait une femme à ce poste, l'évènement est tout de même historique. La désormais ancienne ministre du Travail devient seulement la deuxième femme Première ministre dans l'Hexagone, trente ans après la dernière.

Elle succède ainsi à Edith Cresson, en place entre 1991 et 1992 sous François Mitterand. Interrogée par le JDD ce dimanche, l'ancienne socialiste taclait la classe politique française. "Ce n'est pas le pays qui est machiste : c'est sa classe politique. Ce sont les mêmes attaques qu'aujourd'hui. On me prêtait des propos que je n'avais jamais tenus, on me lançait des critiques permanentes, on faisait des commentaires sur ma tenue vestimentaire". Avant de poursuivre. "On a même écrit un jour que mes bas étaient filés alors que j'ai une cicatrice sur la jambe due à un accident ! On ne se permettrait jamais la même chose, les mêmes commentaires, sur la tenue des hommes politiques. Alors que quand on parle des femmes, on parle sans se gêner de leurs vêtements ou de leur physique".

Pour l'ancienne Première ministre, le fait d'autant spéculer sur le sexe du futur locataire de Matignon est "scandaleux". "C'est une question qui ne se pose qu'en France. L'a-t-on posée au Royaume-Uni, où Margaret Thatcher a exercé le pouvoir pendant onze ans ? En Allemagne où Angela Merkel a été chancelière pendant seize ans ? Jamais. Pareil pour le Portugal où une femme avait été nommée Première ministre bien longtemps avant moi".

"Il lui faudra beaucoup de courage"

Si le poste de Premier ministre est toujours un exercice compliqué, il s'accentue lorsqu'il est occupé par une femme, selon Edith Cresson. "Les difficultés sont accrues par le fait que le chef du gouvernement est une femme. Car les attaques compliquent encore plus la situation politique".

Au moment où elle a accordé cette interview à nos confrères, l'identité du futur Premier ministre n'était pas encore connu. Cependant, la dame de 88 ans avait un message pour sa potentielle successeur. "Je ne donnerai aucun conseil. Je lui dis simplement qu'il lui faudra beaucoup de courage".