Un ancien marine raconte sa détention en Russie: "Ce gouvernement n'a absolument aucune valeur pour la vie humaine"

Trevor Reed a vécu un véritable cauchemar dans une prison en Russie.

Rédaction
Un ancien marine raconte sa détention en Russie: "Ce gouvernement n'a absolument aucune valeur pour la vie humaine"
©AFP

Trevor Reed est un ancien marine. En juillet 2020, l'homme d'une trentaine d'années avait été condamné à neuf années de prison pour une rixe survenue en 2019. Selon le Kremlin, il avait agressé deux policiers alors qu'il était en état d'ébriété lors d'une fête à Moscou. Une version qu'il a toujours niée. "Je suis allé en Russie pour voir ma petite amie et rencontrer sa famille", commence-t-il dans une interview exclusive pour le média américain CNN. "J'ai appris le russe pour pouvoir communiquer avec eux."

Il explique ensuite avoir été à une fête où il a bu trop de vodka avant de s'évanouir et de tomber malade. "Je ne me souviens de rien jusqu'au lendemain matin", dit-il. "Je me suis réveillé dans un poste de police. J'étais dans une cellule et j'ai demandé à l'officier de service ce qui s'était passé. On m'a répondu que j'avais trop bu de vodka russe. Avant de m'affirmer qu'ils allaient apprendre à me faire boire plus tard et que je pourrais bientôt partir."

Le début du cauchemar. En Russie, il a été détenu dans une prison avec du sang et des excréments sur les murs. Entouré de tueurs en série et des violeurs, il avait clairement peur pour sa vie. "Je me suis retrouvé dans un établissement de traitement psychiatrique. Sept autres prisonniers étaient présents avec moi dans cette cellule. Ils avaient tous de graves problèmes psychologiques. 50% étaient là pour meurtre ou des agressions sexuelles. C'étaient des individus vraiment dérangés."

"Les toilettes? Un trou dans le sol avec des excréments sur les murs"

Pendant plusieurs jours, il ne trouvait pas le sommeil par peur de se faire tuer. "Oui la possibilité existait", estime-t-il. "J'étais trop inquiet de savoir qui était dans la cellule avec moi pour dormir. Il y avait du sang partout sur les murs. Des prisonniers s'étaient suicidés ou d'autres avaient tué ou tenté de le faire." Pour faire ses besoins, les conditions sont également difficiles. "Les toilettes ne sont qu'un trou dans le sol. Et il y a, vous savez, de la merde partout, partout sur le sol, sur les murs. Les gens qui se promènent là-bas ne sont plus que des zombies."

Le citoyen américain a également été transféré à l'isolement. "Plus j'étais là-dedans, plus j'étais déterminé à ne pas leur permettre de me casser. C'était l'une des principales choses à laquelle je m'accrochais pour rester debout. Cela m'a permis de traverser cette épreuve sans savoir pour combien de temps j'allais devoir y rester. J'aurais pu mourir physiquement, mais je ne voulais rien lâcher psychologiquement."

Il a alors entrepris une grève de la faim. "Je suis tombé malade jusqu'à ce que je parte. Je crachais du sang pendant environ trois mois et plusieurs fois par jour. Ils ont refusé de m'envoyer à l'hôpital." Puis une deuxième où il a tout de même obtenu des soins pour rester en vie.

Pour lui, l'état major russe ne respecte pas la dignité humaine. "Le gouvernement russe n'a absolument aucune valeur pour la vie humaine", commence-t-il. "Que ce soit du plus haut niveau jusqu'au gardien de prison ou les policiers, tous ceux qui travaillent pour eux n'ont absolument aucune empathie pour les autres humains. Ils sont insensibles sur ces questions."

Finalement, c'est une entrevue avec Joe Biden qui fera bouger les choses. "Cette rencontre avec le président est ce qui a rendu cette libération possible", avait assuré Joey, le père de Reed pour CNN. La guerre en Ukraine a également fait accélérer les choses. Pour pouvoir partir, Biden a échangé son citoyen avec Konstantin Iarochenko. Ce dernier est un Russe qui avait été arrêté en 2010 au Liberia. Il avait été emmené aux États-Unis par des agents des services secrets américains et était accusé de trafic de drogue. La justice l'avait condamné à 20 ans de prison.