Adhésion de la Macédoine du Nord à l'UE: le Parlement bulgare se prononce pour la levée du veto

Le Parlement bulgare s'est prononcé vendredi en faveur de la levée du veto à l'ouverture de négociations d'adhésion de la Macédoine du Nord à l'Union européenne, un sujet suivi de près au sommet des Vingt-Sept à Bruxelles.

Adhésion de la Macédoine du Nord à l'UE: le Parlement bulgare se prononce pour la levée du veto
©Jean Luc Flemal

"La décision a été adoptée avec 170 votes pour, 37 votes contre et 21 abstentions", a annoncé Atanas Atanasov, vice-président du Parlement, à l'issue du vote.

Elle doit désormais être entérinée par le gouvernement sortant du pro-européen Kiril Petkov, qui a salué depuis la Belgique un pas "historique".

"L'intégration des Balkans occidentaux est dans l'intérêt stratégique de l'UE", a-t-il réagi sur Twitter.

Le président français Emmanuel Macron, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE jusqu'à fin juin et fait office de médiateur dans cette affaire, s'est "félicité" du vote bulgare, une "avancée importante" même s'il y a "encore du travail".

"Nous poursuivrons (...) les échanges avec nos partenaires bulgares et macédoniens afin de formaliser un accord dans les tout prochains jours", a-t-il annoncé lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

La Macédoine du Nord est bloquée depuis 2005 dans l'antichambre de l'UE. La Grèce avait d'abord opposé son veto jusqu'en 2018, avant que Sofia ne bloque le dossier en 2020 sur fond de querelles historiques et culturelles anciennes.

La Bulgarie avait pourtant été, en 1992, le premier pays à reconnaître l'indépendance de son voisin, lors de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie communiste, mais les relations se sont par la suite tendues.

En raison de ce différend, les négociations avec l'Albanie sont également à l'arrêt, les deux candidatures étant liées par l'UE.

C'est le revirement de deux partis d'opposition bulgares, dont celui de l'ancien Premier ministre Boïko Borissov, qui a permis ce vote au Parlement.

Selon le compromis sur la table, Skopje doit notamment s'engager à modifier sa Constitution pour inclure les Bulgares dans les groupes ethniques reconnus et à "mettre en oeuvre" un traité d'amitié de 2017 visant à éradiquer les discours de haine.

"Inacceptable"

Lors des débats précédant le vote, Hristo Ivanov, président du parti Bulgarie démocratique à l'initiative de la motion parlementaire, avait appelé les partis à "ne pas manquer cette chance" de résoudre la question avant la fin de la présidence française le 30 juin.

"Au bout du compte, c'est dans notre intérêt d'offrir une perspective d'adhésion à l'UE des Balkans occidentaux", a-t-il souligné.

Plusieurs dirigeants de ces pays avaient exprimé jeudi leur "mécontentement" et dénoncé le manque de "crédibilité" de l'UE à l'issue d'un sommet à Bruxelles avec les Vingt-Sept.

La guerre en Ukraine a remis sur la table la question de l'élargissement de l'UE aux Balkans, à l'importance géostratégique accrue, et la pression occidentale pour que Sofia lève son opposition s'est accentuée.

Malgré l'opposition d'une grande partie de l'opinion publique et de plusieurs partis, le Premier ministre Kiril Petkov a entamé ces derniers mois une stratégie de rapprochement.

Les contentieux restent cependant nombreux et des députés ont prévenu vendredi que de nouveaux blocages n'étaient pas à exclure si les discussions devaient trébucher.

Selon le texte approuvé vendredi, "rien dans le processus d'adhésion à l'UE ne saurait être interprété comme une reconnaissance par la Bulgarie de la langue macédonienne", que Sofia considère comme un dialecte bulgare.

Reste aussi à convaincre Skopje: le Premier ministre Dimitar Kovacevski avait jugé jeudi que cette proposition de compromis "dans sa forme actuelle" était "inacceptable".

Le ministre des Affaires étrangères du petit pays des Balkans a répété vendredi que le projet était insuffisant en l'état et espéré des changements qui permettent de résoudre les contentieux.

"S'il y a la volonté politique de comprendre nos sensibilités, je pense qu'une solution pourra être trouvée dans les prochains jours", a dit Bujar Osmani lors d'une conférence de presse à Skopje. Mais, a-t-il averti, "les questions de langue et d'histoire ne doivent pas faire partie du cadre des négociations" d'adhésion à l'UE.